Tel usage — usage héréditaire, conservant jusqu’à nous les traditions du polythéisme — ressuscitait pendant la trêve de Noël. Entre autres, la Fête des Fous, la Messe de l’Ane, la Danse des Morts, qui, jadis, eurent place à côté de la liturgie orthodoxe.
Pompes bizarres ! Nulle n’est plus caractéristique, plus traditionnelle, plus véritablement religieuse que la Fête de l’Ane, dont voici quelques traits.
Cette réjouissance fut, pendant vingt siècles, le corollaire indispensable de la Nativité.
Si, comme le soutient Chamfort, il n’est jours plus mal employés que ceux où l’on n’a point ri, nul temps ne fut perdu à l’égal du Moyen-Age. Entre le dogme religieux et l’autorité civile, tous deux absolus, indiscutés, une langueur sans nom pesa sur l’homme des champs comme sur le bourgeois des villes. Aucune diversion, nul voyage, sinon pour ces Croisades que le tempérament goguenard de la France dénigrait, même au temps de Rutebeuf.
Malgré la splendeur féodale, malgré les pompes de l’Église et la vigueur de sa foi, le Moyen-Age dépérissait d’ennui.
A cette époque, dit Brière de Boismont, le suicide envahit les monastères. Le petit nombre d’idées, la force du sentiment chrétien, la vie cénobitique, le faste seigneurial ne défendaient aucunement les races médiévales contre l’acedia, précurseur du spleen, dont Cassien, dans son Esprit de Tristesse, à, le premier, décrit la marche, les symptômes et les sinistres effets.
Le Moyen-Age se mourait d’ennui. Si le clergé, maître omnipotent des consciences, n’eût parfois donné carrière à ce besoin de gaîté qui est le « propre de l’Homme », cette mélancolie eût sans doute éclaté en sinistres orages.
Mais, par bonheur, le Prêtre sut faire la part de l’humanité, alléger, pour quelques instants, la charge de croyances et de labeurs dont le monde était alors accablé.
De là, ces réjouissances dont le sens échappe au scepticisme contemporain, dont l’hilarité rudanière offusque notre goût indifférent et cultivé. Lâchés, pour un jour, hors de l’obédience cléricale, nos aïeux moins blasés, chômaient avec une allégresse de captifs ces heures brèves, ces heures de liberté précaire et de détente puérile entre les murs d’une prison.