Le goût des siècles féodaux pour les bêtes monstrueuses accueillit aisément le grison que tant d’illustres motifs recommandaient à sa curiosité.
Non content de le conduire à l’autel, il en orna les enseignes, le sculpta sous mille formes, entre « l’Oison ferré », « l’Ours qui vielle » et la « Truie qui file ». Plus tard, quand l’esprit de la Renaissance mit un terme aux voluptés grossières des époques naïves, Cervantès emprunta son Baudet à la Fête de l’Ane. Sur cette monture, il conduisit le bon Sancho à l’immortalité.
De nos jours, les Fêtes de l’Ane ne vivent plus que dans la mémoire du liseur.
La Nef des Fols, où si volontiers le XVe siècle embarquait sa névrose, a mis ses passagers en terre ferme, sans que nul chaperon à clochettes les distingue du premier venu. Papa fatuorum incensabitur cum boudino, prescrivait l’antique formulaire. Quasimodo, présentement électeur, déclinerait ces familiarités.
Seule et toujours victorieuse, la Danse des Morts poursuit son branle à travers l’humanité. Chaque heure qui tinte, chaque année qui s’efface, marque le pas de la blême farandole. En attendant que vienne son tour, le sage se divertit aux grimaces pitoyables, aux lâches contorsions des macabres danseurs.
[P. 17.] — « Fabre d’Églantine en face de la Convention, déduisit son rapport… »
L’année républicaine commençait au surlendemain de la victoire de Valmy, le 22 septembre 1792, jour de la proclamation de la République et de l’équinoxe d’Automne. Ce fut le 1er vendémiaire. Le 20 septembre 1793, Fabre d’Églantine expliquait à la Convention les motifs qui l’avaient inspiré, quand il composa les noms des douze mois :
« Nous avons cherché à mettre à profit l’harmonie imitative de la langue dans la composition et la prosodie de ces mots, dans le mécanisme de leurs désinences ; de telle manière que les noms des mois qui composent l’automne prennent leur étymologie, le premier, des vendanges qui ont lieu de septembre en octobre : ce mois se nomme Vendémiaire ; le second, des brouillards et des brumes basses qui sont, pourrais-je dire, la transsudation de la nature d’octobre à novembre : ce mois se nomme Brumaire ; le troisième du froid, tantôt sec, tantôt humide, qui se fait sentir de novembre en décembre : ce mois se nomme Frimaire.
« Les trois mois de l’hiver prennent leur étymologie : le premier, de la neige qui blanchit la terre, de décembre en janvier : ce mois se nomme Nivôse ; le second, des pluies qui tombent généralement avec plus d’abondance de janvier en février : ce mois se nomme Pluviôse ; le troisième, des giboulées qui ont lieu, et du vent qui vient sécher la terre de février en mars : ce mois se nomme Ventôse.
« Les trois mois du printemps prennent leur étymologie : le premier, de la fermentation et du développement de la sève de mars en avril : ce mois se nomme Germinal ; le second, de l’épanouissement des fleurs d’avril en mai : ce mois se nomme Floréal ; le troisième, de la fécondité riante, de la première récolte, en mai-juin, des prairies : ce mois se nomme Prairial.
« Les trois mois de l’été, enfin, prennent leur étymologie : le premier, de l’aspect des épis ondoyants et des moissons dorées qui couvrent les champs de juin en juillet : ce mois se nomme Messidor ; le second, de la chaleur tout à la fois solaire et terrestre qui embrase l’air de juillet en août : ce mois se nomme Thermidor ; le troisième des fruits que le soleil dore et mûrit d’août en septembre : ce mois se nomme Fructidor. Ainsi donc, les noms des mois sont : Automne : Vendémiaire, Brumaire, Frimaire ; Hiver : Nivôse, Pluviôse, Ventôse ; Printemps : Germinal, Floréal, Prairial ; Été : Messidor, Thermidor, Fructidor.
« Il résulte de ces dénominations, ainsi que je l’ai dit, que par le seul fait de prononcer le nom des mois, chacun sentira parfaitement trois choses avec tous leurs rapports : la saison où il se trouve, la température et l’état de végétation. C’est ainsi que, dès le premier nom de Germinal, il se représentera sans effort, par la terminaison du mot, que le printemps commence ; par la construction et l’image que présente le mot, que les agents élémentaires travaillent ; par la signification du mot, que les germes se développent ».
Le 21 septembre, équinoxe, équilibre. Libra. La balance. Suivant la remarque de Romme, ce fut sous ce signe de la justice et de l’égalité que la République fut proclamée. Une constellation préconisa l’ère nouvelle.
[P. 25.] — « C’est l’Églogue à Pollion… »