AMEN, dis AMEN, Bourrique !
Déjà repu de gramen,
Réitère cet AMEN
Et dédaigne le passé !
Michelet admirait ici, une Marseillaise primitive, un cri de ralliement pour les gueux en quête de bonheur et de fraternité. Ainsi, gardé par le Christianisme latin, le culte asinaire ne semble jurer avec les dédaigneuses fêtes d’icelui qu’aux yeux d’une trop légère observation. C’est, en effet, chose de tous connue que le Christianisme hérita des cérémonies païennes : théories, encensements, prosternations, offertoires, aspersions lustrales et absoutes, dont il orna la pauvreté de sa théogonie.
Venu d’Égypte avec l’africaine Isis, mêlé aux rituels orgiastiques des dieux adolescents chers à l’Asie Inférieure, l’Ane figurait avec gloire dans ces religions obscures qui, même aux jours triomphants de la Rome impériale, préparaient dans l’ombre l’éclosion d’un dieu nouveau. Tandis que la belle courtisane, lasse de plaisir et d’adoration, cherchait
… un esprit indulgent à qui tendre
L’ardente et lourde fleur de son dernier amour,
on voyait les prêtres de Cybèle promener sur le roussin hiératique un simulacre de la déesse, vendre force indulgences et gris-gris, selon une pratique florissant encore, de nos jours.
Non moins vivace qu’Adonis et plus sournois, dura (et dans l’Antiquité et dans le Moyen-Age) l’autre démon qu’avait dompté le prophète Balaam, le rusé Belphégor de Syrie aux longues oreilles, l’Ane du vin de la lascivité, indomptablement priapique.