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Au 21 décembre, solstice d’hiver (et, par conséquent, jour le plus bref de l’année), la Terre achève autour du Soleil sa pérégrination de douze mois. Le voyage annuel recommence. Les longues nuits s’abrègent peu à peu. Sous les frimas qui « verrouillent la terre », dans les tourmentes de nivôse et les embruns de février, court déjà le frisson irrésistible du printemps. Cette jubilation de la noire Demêter que l’amant sidéral épouse chaque année, ce triomphe de l’Isis éternelle, rajeunie et féconde sous l’étreinte d’un dieu, tous les âges l’ont connue, toutes les religions l’ont célébrée, toutes les théogonies l’ont enregistrée dans leurs annales.

D’une vierge le Soleil naît. Cette fable que théologiens et poètes enguirlandèrent à l’envi, ce conte élaboré, transmis, refait de cent manières, cette légende que pendant une douzaine de siècles, rumina sans fin la rêverie obscène des Pères, des Docteurs, des Évêques et des Moines, remonte aux plus hautes origines de l’Humanité. Dans leur asegard, elle émerveillait déjà ces peuplades indo-européennes, ces hordes blanches, Celtes, Kymris, Germains, Scandes ou Gaulois, qui, de l’Hymalaya descendirent comme un fleuve et submergèrent l’Occident.

Aux êtres divins imaginés par leurs tribus, aux sauveurs en déplacement, les Aryas se plurent à donner cette génération insexuelle que démentent les plus sommaires notions d’embryologie. Et les nègres, les jaunes, pensent comme les Aryas. Sur ce point, idolâtres et fétichistes s’accordent à l’unanimité ! La parthénogénèse du Soleil agrée à l’Égyptien dévot non moins qu’au pasteur idolâtre de l’Indoustan. On la trouve chez les Bengalis comme chez les Esquimaux ! La Vierge Mère de Saïs porte en ses bras Horus, un bambino pareil à l’Enfant-Dieu des Saintes-Familles. Afin que nul n’en ignore : « Le dieu que j’ai enfanté — dit une inscription, au socle de la statue — c’est le Soleil… »

« Quand Devaki mit au monde Krishna, (précurseur plusieurs fois séculaire du Christ hébreu) la mer frémissait, les montages tremblaient, les étoiles resplendissaient. La Nuit se trouvait dans (ou plutôt, sous) la constellation de la Délivrance. Et l’on a donné le nom de « Victoire » à l’heure où se montra le divin Jeune Homme, qui de son regard illumine la terre. »

Ainsi, les dieux incarnés ne font qu’une même personne avec le Soleil ! Leur avènement concorde avec son entrée dans le signe du Capricorne, domicile de Saturne, quand le premier mois, celui de Janus-Saturne (Januarius) commence, déterminant ainsi le premier jour de l’an nouveau.

La plupart des civilisations choisirent cette date pour inaugurer l’année. Les Romains, seuls, qui furent des militaires, par cela même en révolte contre toute idée scientifique, la faisaient débuter à l’équinoxe du printemps, jusqu’au règne de Numa, lequel restaura l’ordre ancien et fit commencer le grand jour annuel au solstice d’hiver. En effet, le caractère sacerdotal de Numa implique un certain nombre de connaissances initiatiques.

L’Égypte ouvrait l’année au solstice de juin (24 de ce mois : Yaô, Yaôkannan : la grâce de Yaô : Saint Jean le Baptiste). Cependant, elle célébrait encore à Philæ, avec des libations, la fête des Lumières (27 décembre).

« O Phrâ — s’écriait-elle — vas-tu nous quitter ? Mais il revient sur l’horizon. »

Et c’était Horus (Oour : Lumière, le Jaô des Gnostiques), Horus qui la consolait, apparaissant le doigt dans la bouche, avec le geste de l’enfant à la mamelle, emblème des renaissances et du mouvement circulaire, accompli tous les ans, par la suite des heures et des jours.