Même aujourd’hui, nous constatons la présence, lumineuse encore, de tout le Zodiaque, des Astres et du Calendrier dans le personnel évangélique. Le mystère de l’Incarnation s’accomplit au déclin de l’automne, dans la décade qui finit l’année (neuvième mois du calendrier étrusque). Alors, sous le méridien, se trouve le Capricorne. Le premier signe qui monte à l’horizon, c’est la Vierge. Elle a sous ses pieds le Dragon des Hespérides.
Elle porte en ses bras un nouveau-né, comme Isis ou Dewaki.
Devant elle, se dressent le Lion (Saint Marc) et au-dessus, le Bœuf (Saint Mathieu).
A ses pieds, Janus. Tout d’abord, il se confond avec Saturne « obscurci dans son anneau lointain ». Ensuite par une cristallisation fréquente chez les mythographes, il devient l’Homme-aux-sept-clefs d’abord, finalement, Képhas, la Pierre, Petrus apostolus, que le coq de l’aurore éveille, Saint Pierre, prince des Apôtres et guichetier du Paradis.
A l’opposite, dans la sphère inférieure, se faisant vis-à-vis, l’oiseau Roch, le rapace, aigle ou gypaëte, stylisé par l’art hiératique (Saint Jean) d’une part ; de l’autre, l’Homme ailé (Saint Luc) participant du Keroub sémite et du Genius latin.
A l’horizon, la couronne (Stéphanos, Saint Étienne, protomartyr), Orion et ses trois étoiles (Rois Mages) que Sirius, « roi des longues nuits, soleil du sombre hiver » conduit au Nouveau-né, portant avec la myrrhe et l’or, l’encens du Sabéïsme, l’adoration des Guèbres, le culte, les hommages de l’Orient où vont briller ses feux.
De même, que plus tard, grâce au manque de culture chez les moines collecteurs de légendes, Bacchus déchiré dans le pressoir, devient Saint Denis, portant lui-même sa tête coupée et par dérivation, l’armée encombrante des martyrs céphalophores, tandis que certaines épithètes propres au dieu de la vendange : Rustique, Eleuthère, se transforment en Bienheureux dans le ciel du Nazaréen ; de même, les phénomènes cosmiques, grâce à « la bêtise judéo-chrétienne » (Schopenhaüer) s’incarnent et les voici protagonistes des contes un peu niais, des paraboles rustiques attribuées à Jésus par le troupeau qui l’a fait dieu.
Le Noël médiéval gardait un souvenir atténué de son origine solaire. Le Bœuf et l’Ane y participaient. L’un, comme issu du Taureau (le hom des Perses), puis du Bélier (agnus dei), par la précession des équinoxes ; l’autre, comme infatigable auxiliaire du vigneron, du laboureur et du meunier. C’était un reste du totémisme, de la zoolatrie primitifs, dont les ornements des cathédrales : perroquets à têtes de singes, griffons, hircocerfs, béliers ithyphalliques, mulets baudouinant des religieuses, témoignent encore à nos regards.
Le lendemain de la Noël, mené dans le sanctuaire, l’Ane entendait la messe, tandis que les préchantres, en latin barbare, exaltaient ses vertus spécifiques : la patience et la sobriété.
Enfin, dans les saints Innocents, tués, disent les Évangiles, par Hérode-le-Grand (lequel mourut quatre années avant la naissance probable de Ieschou) on reconnaît ces pâles fleurs d’hiver que détruisent les tempêtes et le gel incléments, si bien que Fortunat, pour chanter leur gloire, ne trouve d’autre image que celle d’un tourbillon, emportant vers la nuit les roses du matin.