Humanisés, abâtardis, enduits de sottise par le Christianisme et de fadeur par les Jésuites, les nobles rêves antiques, les fortes légendes naturalistes devinrent, aux époques sans instruction de la Monarchie française, motifs de décor et prétextes à ballets. Diane, Apollon, Minerve fournirent à Boileau des rimes pédantesques et des rondeaux à Benserade. Les scénarios de Molière nous font connaître que M. Le Grand devant Louis XIV en habit de gala, « dansait Neptune ou Apollon ».

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Ce fut une heure digne de mémoire pour la Science et pour la Raison, quand, au début de l’automne, le 3 octobre 1793, Fabre d’Églantine, en face de la Convention, déduisit son rapport sur le calendrier républicain.

L’Humanité vivait alors un moment sublime, une époque dont toute âme généreuse ne peut sans émotion recorder le souvenir.

La hache s’abattait sur la tête des rois.

En voiles blancs, sous un chapeau de roses, au milieu des vivats et des hymnes d’allégresse, la Raison prenait place à l’autel Notre-Dame.

La Victoire, en chantant, menait à la frontière, « à Jemmapes, à Fleurus, les paysans, fils de la République », hommes, conscrits, vieillards, qui, dressés par leurs généraux de vingt ans contre un monde à son déclin, récoltaient la gloire et semaient la liberté.

A la barre de la Convention, acclamés par les représentants du peuple, éphèbes, matrones, jeunes filles, ceints d’écharpes tricolores et couronnés de fleurs, entonnaient le Chant du Départ, célébraient les grands jours de la République, l’affranchissement de la pensée humaine. Une béguine, évadée et rendue au siècle, invitait la Convention à délivrer ses sœurs, captives comme elle d’un monstrueux engagement.

C’est alors qu’une ère nouvelle étant apparue, et le siècle d’airain dorénavant fermé, la Convention délibéra de choisir l’avènement de cette ère nouvelle pour dater les actes de la République, pour abandonner le style, comme on disait alors, de l’esclavage en faveur, atteste Carlyle, « d’un calendrier supputé d’après le méridien de Paris et l’âme de Jean-Jacques Rousseau ».

Maréchal, qui se glorifiait comme Shelley du nom d’« athée », environ dix ans auparavant avait proposé au Monde un calendrier « affranchi des antiques superstitions ».