Ici, vit le Père Goriot, de Balzac; là, Eugénie Grandet range le linge qu’elle a elle-même lavé, tandis que l’avare Grandet recompte ses billets. Derrière le géranium de telle croisée, relisant une lettre de Vincent, il y a Mireille, blanche de la blancheur ardente des camélias. Léon, le clerc de notaire qui passe dans le roman de Flaubert, songe à Paris, aux actrices, aux salons, en parcourant des échos mondains dans un journal. Emma Bovary tourne le dos à son mari qui semble tirer, en dormant, sur le tuyau d’une invisible pipe car il dort, avec cette croupe chaude à portée de sa main... Dans des chambres obscures ronflent les paysans de Zola. Un vieux, dont on convoite l’héritage, est secoué par une crise d’asthme pendant que son fils, qui préférerait dormir, est obligé de besogner sa grosse femme qui fait craquer le lit, sans se soucier de son beau-père ni de son dernier né qui braille, travaillé par la dentition ou la colique. Et les cochons grognent dans les étables, et les rats volent du lard dans les buffets. Quelle farce obscure et monotone emportée autour du soleil à une vitesse de quatre cent douze lieues par minute!...
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Le vent a emporté un journal dans le parc.
Sa première page était étalée bien à plat, sur l’herbe. Je n’avais qu’à me pencher pour lire et je ne l’ai pas fait.
Que m’aurait-il appris?
Je sais ce qu’il contenait sans l’avoir regardé: on doit toujours se battre en Orient, et la famine et le choléra occupent sérieusement les armées rouges. Des garçons sans scrupules ont volé, dans un rapide, les bijoux des grosses dames qui vont si souvent aux cabinets. On a entôlé un rentier qui avait eu la faiblesse de suivre dans un garni deux filles, dont les mollets polissons n’étaient pas à comparer à ceux de sa digne épouse, et cela ainsi jusqu’aux rébus de la quatrième page proposés à des œdipes qui gagnent un stylographe ou une fiole de parfum chimique.
J’en ai fait une boule que j’ai lancée par-dessus le mur... Un train sifflait au loin...