Il constatera que je suis mort.

Mort!... savent-ils ce qu’ils disent, ceux qui prononcent ce mot?

Invisible, mon âme flottera au-dessus de tout ce qu’elle aura laissé et, après quelques formalités qui ne me regarderont plus, quand on aura fait disparaître ce... Comment dire?... Cet amas de phosphate et de matières ammoniacales, elle prendra son vol vers les blancs et bleus paysages fugitifs et changeants, que je contemple de ma croisée.

Immense ivresse des affranchissements!

Je parcourrai le ciel, je m’engagerai dans ces ravins d’ombre effilochée au penchant des collines neigeuses que composent les nuages; j’escaladerai des pics et des falaises d’écume, des glaciers brumeux; je traverserai de vaporeux défilés pour gagner des champs de neige tiède, des moissons floconneuses. Je serai submergé par des marées, j’assisterai à des débâcles de nuées que je verrai fondre comme des blocs polaires, et je partirai vers les régions supérieures où n’atteignent pas les oiseaux,... puis... puis... je ne sais plus ce qui arrivera... Mais je passe cet après-midi dans les nuages, l’esprit presque délivré...

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Je ne suis tout de même pas assez loin du village.

Il me semble, quand je veille, que je l’entends dormir. Une étoile se noie dans l’abreuvoir et la lune est derrière le clocher trapu et sans idéalisme de sa petite église romane.

Je l’imagine cette nuit et l’humble bourgade abrite toutes les situations éternisées par l’art des écrivains.

Sous un ciel nocturne, dont la pureté religieuse fait songer à un grand vers bleu sombre de Virgile, autour de cette place provinciale pareille à celles où Coppée fit rêver de poétiques receveurs de l’enregistrement, un héros ou une héroïne littéraires habitent dans chaque maison.