Je ne pense plus qu’à son arrivée. J’ai commandé un petit trousseau: des bas de soie, une chemise, un peignoir, un bonnet de dentelles, un flacon d’essence de rose, un autre de musc; mais j’ignore tout de cette inconnue, et comment l’appellerai-je? Je vais songer à un nom.
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Je ne crois pas trouver.
On peut étiqueter, une fois pour toutes, les choses immobiles. Elles ne changent jamais. Le nom qu’on leur donne les désigne toujours. Mais les femmes!...
J’en ai connu une qui s’appelait Marie. Cela lui allait parfaitement jusqu’à midi. Ses cheveux châtains, mouillés et lissés au sortir du bain, en faisaient une grasse et bourgeoise madone. Elle avait des réveils enfantins et sa toilette était pudique et secrète.
Le déjeuner troublait légèrement toutes ces candeurs.
Après un verre de vieux bordeaux et un doigt de chartreuse, elle s’appelait Sapho, Lucrèce, Mercédès ou Rosa.
Le prénom d’une femme, qui prend son café au lait ou qui brode en compagnie de sa mère, ne lui convient plus le soir, quand elle est nue.
Elle s’appelle Marthe, Thérèse ou Monique, et cela est très bien ainsi. Elle coud, elle suce le bout de son doigt où une piqûre d’aiguille a fait brusquement éclore une petite coccinelle de corail sombre; elle confectionne une tarte devant le fourneau, elle lit un roman honnête, et elle peut porter le nom qu’elle a reçu.
Si elle met sur ses cheveux un grand chapeau de soleil et qu’elle aille dans le jardin, elle s’évade déjà. Elle doit s’appeler Charlotte, Isabelle, ou Rosine. Charlotte, c’est comme un abricot plein de taches de rousseur, et si Rosine est un prénom enveloppé dans une large feuille de rose rose, Isabelle a le blanc crème des gloires de Dijon.