«Elle est enfin ici!
Je n’ai pas encore coupé les ficelles qui entourent sa boîte. Elle est comme une voyageuse un peu lasse qui se reposerait et ne voudrait pas se montrer trop vite à ses hôtes.
J’ai fait moi-même une toilette plus soignée. Je me négligeais depuis quelque temps.
J’ai coupé ma barbe et ma moustache, j’ai mis un costume de flanelle blanche et j’ai l’air d’un monsieur très fatigué dans un parc de ville d’eaux.
Quand je passe devant les volets de la chambre, instinctivement je marche sur la pointe des pieds.
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Je crois que je prendrai mes repas devant elle. Autrefois, j’aimais beaucoup manger en compagnie des femmes.
Un dîner d’hommes fait toujours penser à ces banquets où d’anciens militaires du même régiment, d’authentiques badernes sorties de la même école, la même année, se régalent à prix fixe, coude à coude et vêtus d’habits funèbres, à l’immense table d’un salon de société que ne décore aucune fleur.
Les hommes seuls manquent généralement de tenue, et il ne faut pas croire qu’on a meilleur appétit et qu’on est plus à l’aise en manches de chemise et en pantoufles.
C’est comme si l’on affirmait que le café bu dans une épaisse tasse de faïence est plus savoureux que dans la fine et immatérielle coquille d’œuf d’une porcelaine chinoise.