Un vrai repas, bien ordonné, est la plus aimable des choses. C’est un luxe de civilisés qu’il faut entourer de toutes les délicatesses.

On ne mange pas du foie gras truffé, ni un sorbet à la framboise, en sabots et en tricot de laine, sur un coin de table de cuisine, devant une chandelle qui fume, mais en habit, avec du linge fin, sur une nappe fleurie et à la faveur de bougies voilées d’abat-jour qui tamisent une lumière égale.

Rien alors n’est plus charmant à regarder que les jeunes femmes qui sont la guirlande et la parure de la table.

La soie ou le velours des robes décolletées ont l’odeur des ombrelles crépitantes chauffées au grand soleil de juillet. Des parfums naturels et des effluves d’essences rares s’y ajoutent. Les petits carrés de truffes ou les crevettes qui garnissent un filet de sole ont un goût unique, si une belle brune montre, en levant le bras pour enfoncer un œillet dans son chignon, le creux touffu de son aisselle, si, au moment où vous avalez une cuillerée de fraises des bois assaisonnées au champagne, une blonde grasse montre ses épaules de neige et découvre vaguement un sein dont la pointe doit être pareille, sous les dentelles de son corsage, au fruit qui parfume votre palais.

Les gens qui prétendent que les vrais gourmands doivent s’enfermer seuls, pour savourer des plats choisis, sont de timides maladroits.

Il faut se défier d’eux et les plaindre.

Ils passent assurément d’épouvantables nuits, car l’amour doit venir naturellement après le dessert, comme les pêches et les muscats viennent après les glaces et la frangipane.

La gastronomie n’est pas un art à l’usage des ermites. Lorsqu’on couche seul, il est plus raisonnable de prendre, le soir, un bouillon léger, la moindre des choses, un peu de confiture et une tasse de tilleul.

Les femmes, quoi qu’on dise, savent apprécier un bon repas. Cela se voit à la façon dont elles mangent. Elles ne remplissent jamais leur assiette et ne s’empiffrent pas de grosses viandes. Elles savent ce qu’un os de côtelette ou de poulet peut garder de chair savoureuse et de peau rissolée.

Que d’épais bâfreurs rient de leur préférence pour les carcasses et les croupions. C’est le reproche que pourrait faire un âne qui tond un pré au lapin de garenne qui choisit les herbes parfumées, serpolets, thyms et menthes sauvages... Mais à quoi vais-je penser, moi qui ne prends plus que quelques fruits et des biscuits trempés dans un doigt de vieux vin?...