Puisque vous aimez les antiquaires, me dit mon ami Ange Laurentier, chez qui je passais cette semaine d’extrême automne, allez donc jusqu’à la Tremblée; on m’a affirmé que le fou qui habitait, ou plus exactement, qui se cachait dans ce pavillon délabré, était mort et qu’il laissait tout son bien à un valet de chambre.
Je crois que cet héritier doit vouloir vendre ce bric-à-brac; et vous y ferez peut-être des découvertes intéressantes.
On aperçoit de la route la maison et les grands arbres qui l’abritent. Vous ne pouvez pas vous tromper. Vous sonnerez à une petite porte peinte en vert.
La Tremblée, où vivait, si l’on peut dire, M. Olivier Camors, est à trois kilomètres d’ici, et ce sera l’occasion d’une promenade charmante...
Je partis, lorsque nous eûmes déjeuné, persuadé que ce vieux serviteur ne me laisserait point pénétrer dans le domaine abandonné, et je ne me hâtais pas, goûtant l’après-midi d’automne comme une immense symphonie en or majeur.
De la route que je suivais, bordée de peupliers sensibles, presque dépouillés, aux coteaux qui fermaient l’horizon, je pouvais admirer les jaunes légers, les ocres, les rouges sanguins, les fauves dorures et les pourpres, toutes les nuances et toutes les teintes de la saison.
Mon ami n’avait pu me donner aucun renseignement précis touchant cet Olivier Camors qui, après une vie passablement remplie, était venu s’enterrer à la Tremblée. Il ne savait que ce qui circulait dans le pays: de vagues racontars, inexacts sans doute, puisque nul n’avait franchi les murs de cette propriété ruinée et que le valet de chambre, aussi mystérieux que son maître, ne parlait à personne et ne sortait guère que pour faire quelques provisions au chef-lieu.
On savait à peu près son âge. Il avait été capitaine et blessé, en 1915, aux attaques de Champagne.
Ange Laurentier, qui l’avait entrevu à la gare, avait gardé le souvenir d’un homme svelte et d’une beauté remarquable, mais très fatigué. Le pavillon était inhabité depuis des années lorsqu’il était arrivé, et il avait fallu que son domestique escaladât le mur pour arracher les ronces et la vigne vierge qui, ayant poussé derrière la porte, l’empêchaient de s’ouvrir.