C’est dans ce pays que j’ai vu, pour la première fois, une femme nue. Je crois que peu d’adolescents ont été aussi favorisés que moi et c’est le souvenir le plus prodigieux de ma quinzième année.

J’étais un enfant studieux, sage et maladif, et, pendant les vacances, mes seules distractions étaient la pêche et la lecture des poètes romantiques.

Un après-midi que je lisais les Orientales, sous un arbre, une petite charrette anglaise passa sur la route et un jeune homme vêtu de blanc me fit un salut amical.

J’allai à lui, à travers le parc.

C’était mon ami de classe Alexandre Boreuil, le fils d’un antiquaire de la place du Forum que l’on disait fort riche.

Je lui offris de se rafraîchir, mais il refusa, craignant d’être en retard. Il avait une course à faire à quelques kilomètres, et il me désigna une place à côté de lui, sous le tendelet de toile écrue qui faisait une ombre claire à sa voiture.

Il allait, me confiait-il, porter un antique objet d’art au propriétaire d’un château des environs dont j’avais vaguement entendu parler.

Je savais que ce voisin, fort bizarre et solitaire, vivait au milieu d’admirables collections, et j’acceptai la place que m’offrait Alexandre.

—Vous devez vous ennuyer? commença-t-il.

—Mais non, répondis-je, et je tirai les Orientales de ma poche.