N’était-ce pas naturel, puisqu’il vendait assez bien ses petites branches, comme il appelait ses paysages, et puisque le vieux compagnon se débattait dans la misère, malgré son génie?

Le père Daumier avait un chapeau à larges bords et son rude visage était encadré par un collier de barbe auvergnate.

Leurs yeux, qui avaient surpris tous les secrets de la couleur et tous les jeux de la lumière, regardaient le soir tombant.

Au bord de la route, un bouleau sensible tremblait dans un argent vaporeux, dans des ondes gris-*perle, en l’honneur de Corot, et du côté des bois la nuit était presque venue, et au bas de ce ciel et sur ces immenses pans d’ombre crépusculaire, Daumier eût pu poser sa signature prestigieuse...

On pouvait s’entendre aussi avec Daumier; il était sans doute plus difficile de vivre avec Manet, et Courbet était assurément compromettant. Ce grand peintre, le mieux doué peut-être de son temps, devait avoir du rapin et du maçon, avec sa barbe, sa bedaine de Gambrinus et son accent franc-comtois qu’il se plaisait à exagérer.

J’admire énormément Courbet, mais je n’aurais pas voulu le connaître.

Pendant deux années, j’ai vu assidûment Paul Cézanne, presque chaque jour, et il n’y a pas eu une ombre entre nous.

On l’a montré sauvage, hargneux et persécuté, il devait être seulement très timide et il fallait avoir sa confiance...

*
* *

Je me suis souvent assis à sa table, le dos au poêle, et lui était assis devant moi, près du petit buffet.