Je crois que pendant plus d’un an j’y ai déjeuné chaque dimanche.

Un matin, le maître m’annonça qu’il avait invité un peintre, et je vis arriver un militaire du 55ᵉ de ligne qui tenait garnison à Aix.

Il avait une barbe noire et des yeux graves.

C’était Charles Camoin.

Il était gentiment ému, comme un jeune homme qui a l’honneur d’être reçu par un vieil artiste qu’il admire, et le repas fut charmant, cordial et gai.

Louis Aurenche, qui faisait alors un stage dans un bureau de l’enregistrement, partageait avec nous ce déjeuner et Cézanne avait pour lui une vive affection.

On n’en était pas encore au rôti, que le vieillard se leva et disparut.

Camoin avait apporté quelques études. Il allait les voir.

Nous entendîmes, tout de suite, les éclats de sa voix:

«Monsieur Aurenche! Monsieur Larguier!... Venez vite... mais c’est qu’il est très fort, le bougre! Il faudra qu’il me protège quand il retournera à Paris...»