Cette Nina de Villars était une bonne fille qui recevait, comme une princesse de la bohème, des écrivains et des artistes. Son hôtel était ouvert à tous, et on y allait sans aucune cérémonie.

Elle fut la muse du Parnasse contemporain.

La peinture ne semble pas avoir beaucoup préoccupé les poètes de cette génération, et ils ne pouvaient guère comprendre celle de Cézanne.

La grande Muse porte un peplum bien sculpté
Et le trouble est banni des âmes qu’elle hante...

Écrivait alors Catulle Mendès.

J’ai connu les derniers poètes de cette époque, vieux et illustres. J’arrivais à Paris, et ma bourse d’étudiant me permettait à peine d’acheter quelques reproductions photographiques des ateliers du Louvre, mais les toiles médiocres accrochées aux murs de leur cabinet de travail ne me faisaient pas envie.

Il y aurait une amusante étude à faire, à propos des goûts artistiques des écrivains.

Il est probable que, ni Lamartine, ni Musset, ni Alfred de Vigny ne furent jamais tentés de s’offrir un bibelot ou une toile.

Ils possédaient quelques portraits, des meubles de famille, et cela leur suffisait.