Il devait en être resté à Apelle qui, quatre siècles avant Jésus-Christ, fit le portrait d’Alexandre.
De l’appartement de José Maria de Heredia, à l’Arsenal, je n’ai vu que le cabinet de travail, toujours embrumé par la fumée de ses petites pipes en merisier. C’était une pièce minuscule et je ne me souviens que d’un meuble vitré qui contenait quelques beaux livres, d’une table sur laquelle étaient des cigares, du tabac dans une coupe, et de deux ou trois dagues forgées par Maurice Maindron. Il y avait aussi une réduction en bronze du Combat des Centaures et des Lapithes.
Catulle Mendès possédait seulement un très beau morceau: le portrait au pastel de Banville par Renoir; chez Coppée, il y avait beaucoup de livres, beaucoup de mauvaises peintures dont on lui avait sans doute fait cadeau, et, sur sa cheminée, le Croisé, qui tient dans ses mains écartées une banderolle sur laquelle on lit: CREDO!
Je suis à peu près sûr que le poète avait relégué dans le cabinet de son secrétaire, les rares bonnes choses qu’il pouvait avoir et auxquelles il n’entendait rien.
Un jour il me montra, en déplaçant des bouquins derrière lesquels elles étaient cachées, deux chimères accroupies, d’un bronze unique.
Il me dit que Rodin lui avait donné cela et qu’il était certainement le seul à posséder ces deux pièces que personne ne connaissait. La matière en était merveilleuse et elles me hantent encore, bien que je n’ai fait que les entrevoir, il y a plus de vingt ans, avec leurs reins étroits et leurs terribles croupes...
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Nous nous sommes éloignés du salon de Nina de Villars, où venaient les Parnassiens qui n’eurent, en art, d’autres curiosités que celle des mots rares et des rimes riches.
Cézanne reçut un jour une invitation. Il en fut naturellement fort troublé, et il m’a conté qu’après mille hésitations, s’étant enfin décidé à faire toilette, il était allé sonner à la porte de cette Muse.
Sans doute on n’attendait encore personne et il s’était présenté trop tôt.