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Il s’approchait de moi et il mettait alors sa main devant sa bouche comme s’il allait me confier à voix basse quelque chose qui ne devait être entendue que de moi, mais il me criait le bon mot qu’il semblait devoir murmurer, dans un tonnerre de rires.

Lorsqu’il parlait en réfléchissant, je lui voyais prendre toujours la même attitude: son coude gauche reposait dans sa main droite, et il caressait sa barbiche avec deux doigts de sa main demeurée libre.

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La peinture était son unique souci et sa préoccupation perpétuelle.

Il y avait un an qu’il n’avait pas vu Charles Comoin lorsqu’il le rencontra à Marseille, dans une rue. Avant de lui serrer la main et de lui demander de ses nouvelles, il lui dit, comme s’il continuait naturellement une conversation qu’ils auraient eue la veille:

«Bonjour, monsieur Camoin. Tout n’est que théories, mais appliquées et développées au contact de la nature!...»

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Emile Bernard, dans son pieux petit ouvrage, et M. Ambroise Vollard, dans son livre, ont dit à quel point Cézanne avait horreur du moindre contact.

«... Cézanne ne pouvait supporter d’être seulement frôlé. Même son fils, qu’il chérissait par-dessus tout—«Paul est mon Orient», avait-il coutume de dire—n’osait pas prendre le bras de son père sans lui dire: «Pardon, tu permets, papa!»