D’après ces indications, les poèmes qu’il devait relire le plus volontiers seraient donc:
V.—Les phares.
XV.—Don Juan aux enfers.
XIX.—L’Idéal.
XXVII.—Sed non satiata.
XXX.—Une charogne.
LXVIII.—Les chats.
LXXIV.—Le mort joyeux.
LXXXII.—Le goût du néant.
La couverture est éclaboussée de peinture, elle porte quelques taches rouges et brunes, peut-être aussi l’empreinte d’un doigt qui s’était appuyé contre la palette.
C’est tout ce que je possède: un bouquin maculé de couleurs et le souvenir fort vague d’une ébauche disparue...
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Pendant ces quelques jours, Cézanne ne me parut pas tourmenté une seule fois par cette sacré nom de Dieu de peinture.
Dans la campagne d’Aix où je l’avais si souvent accompagné, il se méfiait, il me semblait marcher maladroitement dans un paysage hérissé de difficultés. Je comprenais qu’il avait interrogé cette nature, étudié cet air, ces plans, ces horizons et ces volumes, et qu’il allait à travers d’innombrables motifs.
Il me parut avoir laissé là-bas l’angoisse qui le suppliciait, et il n’avait pas le souci de mettre à leur place, sur une toile, les châtaigniers des combes cévenoles. Le chœur des lois qu’il cherchait à surprendre ne flottait peut-être qu’autour des pins provençaux, et je serais bien en peine de dire ce qu’il pensait de cette région sobre, triste et religieuse que les voyageurs comparent à la Galilée.
Un soir, pour mieux honorer l’hôte, on invita à dîner quelques notables.
Nous étions une quinzaine, et je revois encore Paul Cézanne au haut bout de la table confortablement servie, car mon père est un paysan, mais il en remontrerait à beaucoup de gastronomes qui affirment que la cuisine est le sixième des beaux-arts et qui mettent trop de littérature autour des plats les plus simples.