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Il m’avait dit souvent qu’il ferait mon portrait, mais les soldats ne sortent guère qu’au moment où le jour tombe; le dimanche, je préférais peut-être de faciles plaisirs à la pose obligatoire et je ne possède pas le moindre souvenir de lui.

Chez mon père, un matin, il prit une feuille de papier et il y traça plusieurs traits en me regardant.

On nous appela pour quelque promenade, la porte demeura ouverte, un coup de vent enleva sans doute cette vague esquisse que je n’ai jamais retrouvée et que je payerais cher à présent.

Cela d’ailleurs ne me déplaît pas, et je sais trop comment il traitait d’anciens amis qu’il ne voyait plus beaucoup et qui avaient chez eux «des Cézanne».

Je dois avouer cependant qu’il me fit un cadeau.

Il me donna son exemplaire des Fleurs du Mal, alors que j’étais encore à la caserne.

Ce volume était caché dans mon paquetage, entre la capote numéro un et les chemises matriculées. J’en prenais soin et je l’ai toujours.

C’est l’édition ordinaire de 1899, chez Calmann-Lévy. Le livre est broché et, en tête de la dernière page, Cézanne a noté au crayon, en chiffres romains:

VI-XV-XIX-XXVII-
XXX-LXVIII-LXXIV-LXXXII