Ah ! l’on nous accuse de faire de l’exception la généralité ; tous ceux qui vont s’agenouiller au tribunal de la pénitence, affirme-t-on, n’ont pas sur la conscience des meurtres et des viols.

Je réponds : — Soit ! Mais si tous ceux qui se confessent ne sont pas des escrocs, des bandits, des violateurs et des assassins, tous les violateurs, tous les assassins, tous les escrocs et tous les bandits se confessent.

On n’osera pas soutenir le contraire. Tropmann s’est confessé ; Lacenaire s’est confessé ; Papavoine s’est confessé ; Dumollard s’est confessé ; le gardien de la paix Prévost s’est confessé ; Johannon, qui a mangé le cœur palpitant d’une pauvre femme qu’il venait de poignarder, s’est confessé.

Ils ont reçu la bénédiction du prêtre, tous, tous, tous !

Ils ont appelé l’homme noir : « Mon père », et l’homme noir a répondu à chacun : « Mon fils. » — N’est-ce pas bien, cette fois, le cas de dire : Tel père, tel fils ?

Tous, ils ont reçu l’accolade du ministre religieux, qui a murmuré à leur oreille : « Les hommes vous punissent, mais Dieu vous pardonne ; les hommes vous méprisent, mais Dieu a de l’estime pour vous ; les hommes vous ont en horreur et en exécration, mais Dieu vous aime. »

Tous ces brigands, qui sont la honte de l’humanité, ont gravi les marches de l’échafaud avec la conviction, à eux donnée par le prêtre, qu’ils montaient au ciel, qu’ils allaient, leur âme lavée de toute souillure, se reposer pour l’éternité dans le sein de Dieu.

Ils étaient des monstres d’infamie ; mais ils étaient en même temps les adeptes fervents du catholicisme.

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Laissons de côté ces tristes tableaux. De ces embrassades entre l’Église et le crime, ne retenons qu’un enseignement : c’est que le principe de la confession est abominable, c’est que le droit d’absolution que le prêtre se donne est la plus violente des immoralités.