Aline a fait vœu de continence du consentement de Bertrand son mari. Bertrand peut-il dans la suite exiger d’elle le devoir conjugal sans péché mortel ?

Réponse. Ou Bertrand, en consentant au vœu d’Aline, a eu l’intention positive de renoncer pour toujours au droit qu’il avait de lui demander le devoir ; ou il n’a pas eu cette intention. Dans le premier cas, il ne peut sans péché mortel exiger le devoir. Dans le second, il peut l’exiger. (R. P. Navarre, Man. c. 16).


Eugénie, femme de Théodore, a trouvé, après la mort de sa sœur, des lettres d’amourettes que Théodore avait écrites à cette dernière avant son mariage. Les termes libres de cette correspondance lui donnent un violent soupçon d’un commerce criminel entre eux. Sachant qu’en ce cas son mariage serait nul, elle doute s’il ne l’est pas, et ce doute la trouble chaque fois que Théodore jouit d’elle. Peut-elle malgré cela lui rendre le devoir ou même l’exiger sans péché mortel ?

Réponse. En général, si le doute est léger et mal fondé, on n’y doit avoir aucun égard. S’il est juste, sans aller jusqu’à la certitude, celui des deux époux qui en est agité peut rendre le devoir, mais il ne le peut exiger. Si la chose approche si fort l’évidence qu’il la croie certaine, il ne peut en conscience ni le rendre ni le demander ; et s’il n’a pas de preuves suffisantes pour obtenir une sentence de séparation, il doit garder une parfaite continence, sans jamais user du mariage, quand même on voudrait l’y contraindre (Innocent III, De sent. excomm., ch. 44). Cependant, afin de ne pas se tromper sur une matière si difficile et si importante, le plus sûr parti est d’expliquer minutieusement le fait à son confesseur, et même au besoin de lui communiquer la correspondance qui a fait naître les soupçons.


Bélonie peut-elle refuser le devoir, par cela seul qu’elle a une fort grande répugnance à le rendre ?

Réponse. L’apôtre a décidé cette question (1re lettre aux Corint., v. 7) par ces sages paroles : Que le mari rende à sa femme ce qui lui est dû, et que la femme en fasse autant vis-à-vis de son mari ; le corps du mari appartient à la femme, et le corps de l’épouse à l’époux. D’où S. Antonin et tous les autres pères de l’Église concluent qu’un des conjoints ne peut, sans pécher mortellement contre la justice et la foi solennellement donnée, refuser le devoir à l’autre, quand celui-ci le lui demande sérieusement ; car alors il se rend coupable des incontinences et de l’adultère de son conjoint. Ce serait autre chose si le mari ne demandait ce qui lui est dû que comme une marque d’amitié et en faisant assez comprendre par son visage ou par ses gestes qu’il s’en soucie peu ; ce serait encore une autre question si le mari était un emporté ne laissant à Bélonie aucun repos (R. P. Sylvius).