Blaisine, qui n’ose demander catégoriquement le devoir à son mari, lui fait comprendre par ses regards, par ses caresses, par son attitude, qu’elle le désire. Jacques, qui le voit bien, est-il obligé en conscience de le lui rendre ?

Réponse. Il en est de Jacques comme d’un débiteur qui sait que son créancier souffre, quoiqu’il n’ose par bonté ou timidité lui réclamer son dû. Comme donc le débiteur est tenu en ce cas de payer son créancier, quand il le peut, de même Jacques doit rendre le devoir à Blaisine, si cela lui est possible.

Il n’en est pas ainsi de la femme, à parler généralement ; parce que, dit S. Thomas, les hommes n’agissent pas avec la même discrétion pour demander le devoir à leurs femmes. Cependant, comme il y a des maris que l’inégalité des conditions, la fierté de leurs femmes, une timidité naturelle, mettent dans le cas de Blaisine, leurs épouses sont obligées de se rendre à leurs désirs, quoique tacites et indirects.


Joséphine a un mari fort lubrique, qui veut quelquefois l’obliger à lui rendre le devoir, quoiqu’elle soit notablement malade. Y est-elle obligée, de peur qu’il ne tombe dans l’incontinence ?

Réponse. Une femme n’est obligée, ni par justice, ni par charité, de se prêter dans un cas pareil, et il y a de l’inhumanité à l’exiger. Mais elle ne peut s’en dispenser pour éviter les incommodités de la grossesse et de l’enfantement. Ce sont des maux attachés à son état.


Jeanne veut nourrir son enfant. Son mari exige le devoir. Elle demande si elle peut le refuser pendant qu’elle allaite l’enfant.

Réponse. Une femme qui connaît, par expérience, qu’en coïtant avec jouissance dans ce temps-là son lait se corrompt et devient notablement dommageable à son enfant, ou qu’elle cesse d’en avoir suffisamment pour le nourrir, peut sans péché refuser le devoir à son mari, et celui-ci ne peut par contre le lui demander sans offenser Dieu. Néanmoins, s’il se trouve dans le péril d’incontinence, la femme doit, si elle en a les moyens, mettre son enfant en nourrice afin de pourvoir par elle-même aux besoins voluptueux de son mari. Que si à cause de sa pauvreté elle ne peut faire nourrir son enfant par une autre, elle refusera de coïter parce que son mari n’a pas le droit d’exiger le devoir aux dépens de la vie ou de la santé de son enfant. Tous ces détails devront donc être donnés minutieusement par la femme au confesseur, afin qu’il se prononce sur le cas et qu’il lui indique comment elle aura à se comporter.