[15] Léon Bloy. Le Désespéré, chap. XLVI.

On aura beau chercher, la représentation du Cœur très-sacré n’est possible qu’en armoiries ou en sceau. Il fut révélé à Marguerite-Marie que Jésus voulait son Cœur sur les étendards de France et en abîme au milieu des fleurs de lys. Louis prétendu le Grand méprisa ce désir divin qui ne put être accompli que deux siècles plus tard, dans l’obscurité la plus profonde, lorsque le trône étant devenu vacant et tous les théâtres de la gloire française étant fermés, un prince pauvre se présenta…[16]

[16] Léon Bloy : Le Fils de Louis XVI.

Pour les intelligences véritablement théologiques, la dévotion moderne au Cœur de Jésus est la plus forte preuve que Marie doit tout accomplir et que son temps est venu. Lorsque les chrétiens disent la si mystérieuse et si incompréhensive Oraison Dominicale, combien peu savent ou devinent que l’Adveniat Regnum tuum proclame cette Mère avec une précision absolue et l’appelle si fort que ces trois mots ont fini par la faire descendre tout en larmes. C’est Elle qui est le Règne du Père !…

Ah ! comme Elle nous prie de l’écouter ! Attendite et videte si est dolor sicut dolor meus. Elle sait si bien que tout est perdu si on ne l’écoute pas ! On l’a attendue dix-neuf siècles. On l’a appelée dans tous les pays et dans toutes les langues, matin et soir, avec des milliards de bouches. Des Apôtres, des Martyrs, des Confesseurs, des Vierges, des Prostituées, des Assassins, des Vieillards près de mourir et de tout petits Enfants qui savaient ou ne savaient pas ce qu’ils disaient, l’ont suppliée de venir et Elle est venue enfin, comme une malheureuse, réclamant le Septième Jour qui lui appartient et qu’on ne veut pas lui donner.

Elle ne nomme pas expressément le Cœur de Jésus, mais elle nomme celui de Napoléon III, ce qui est étrange et terrible. Comment veut-on que Marie prononce le mot cœur sans que se produise le Déluge, l’immersion, l’engloutissement d’Elle-même et de tous les mondes en ce gouffre de sang et de feu qui est le Cœur du Christ : « La fontaine sortie de la Maison du Seigneur pour irriguer le torrent des épines », ainsi que prophétisait Joël, 600 ans avant la Passion[17].

[17] Joël III, 18. Joël planus in principiis, in fine obscurior, a dit saint Jérôme parlant à des hommes qui ne pouvaient pas connaître le Sacré-Cœur.

Mais que de paroles, mon Dieu ! N’est-elle pas Elle-même le Cœur du Christ percé de la Lance et déchiré par les Épines, où s’implante la Croix folle ? Que croirait-on si cela n’était pas à croire ? Un point est indiscutable. Nous périssons pour ne pas l’avoir écoutée.

IX
Il Vous est connu, ô Ma Dame de Transfixion, que je ne sais comment m’y prendre…

« Je bénirai les maisons où l’image de mon Cœur sera exposée et honorée. » Telle est la promesse. Que ce livre où j’abrite ma pensée soit donc béni ! ce livre plein du désir d’honorer Marie douloureuse :