[36] L’ancien maire de Corps, M. Barbe, a, dans ses mains, un billet de 200 fr. (je crois) que Maximin avait emprunté aux Missionnaires pour ne pas mourir de faim. Il l’a retiré après la mort de Maximin, l’a payé afin d’avoir cette preuve de leur dureté et de leur avarice. M. Barbe, à qui j’ai écrit vainement pour avoir une photographie de ce document, vit-il encore ?

Or voici le témoignage de Mélanie : « Bon et loyal Maximin !… Je crois qu’il a beaucoup souffert et toujours en silence ; en vérité, je suis couverte de confusion quand je vois combien je suis éloignée de sa vie toute cachée en Dieu ; et, si je parviens à arriver au ciel, je ne toucherai pas même les chevilles de ses pieds. Souvent je le prie de m’obtenir cette générosité d’âme qui me serait si nécessaire… je vous remercie beaucoup de la précieuse photographie du bon Maximin, je l’ai reconnu à ses yeux candides et innocents. Je pense toujours à lui et à tout ce qu’il a souffert avec une extraordinaire patience, avec ce grand esprit de foi qui lui faisait voir Dieu en tout ou les instruments de Dieu dans les personnes qui le faisaient souffrir… » Virginitate clarâ floruit, fut-il dit à ses funérailles. « Pas de De Profundis sur sa tombe, il n’en a pas besoin ; chantons le Gloria Patri et le Te Deum, il lui en surviendra un surcroît de gloire au ciel où il habite. » C’est Mélanie qui parle encore.

Maximin, lui aussi, avait vu, longtemps à l’avance, le péril prussien : « L’Italie une, écrivait-il en 1866, est l’ennemie de la France comme le poison est l’ennemi de l’homme. Tous les Français qui ont du sang dans les veines devraient voler au secours de Rome et abattre l’unification italienne comme on abat une vipère. Les Prussiens, qui n’ont d’affinité avec les Italiens que par leur haine contre la religion de Notre Seigneur Jésus-Christ, s’uniront, un jour, à eux pour nous punir de ce que nous n’avons pas été fidèles à notre droit d’aînesse de défendre et de protéger en tout et partout la Religion et la Papauté… J’ai grand’peur que notre ferveur pour l’Italie et nos complaisances pour la Prusse ne se tournent bientôt contre nous, et ce jour n’est pas loin. »

Le 29 juillet 1851, Maximin avait dit à un personnage absolument digne de foi, M. Dausse, ingénieur à Grenoble, qui a laissé des Souvenirs curieux : « Quand Paris brûlera, il y aura quatre rois autour », ce qui s’est réalisé à la lettre. (Les rois de Prusse, de Bavière, de Wurtemberg et de Saxe.)

Le même ingénieur raconte aussi que, avant la guerre de Crimée, — en 1854 — M. Michal, curé de Corenc, affirmait, en présence de Maximin, que l’Empereur, dans une réunion diplomatique aux Tuileries, avait quitté son trône pour tendre la main à l’Ambassadeur de Russie, que, de là, naturellement, l’opinion s’était accréditée qu’il n’y aurait pas guerre avec cette puissance. « Alors, poursuit le narrateur, Maximin vient se mettre devant lui, les bras croisés et répond carrément : — Eh ! bien, moi, je vous dis qu’il y aura guerre avec la Russie !… »

Autre fait plus étonnant. Maximin se trouvant sur la Montagne, le 18 ou 19 septembre 1870, on parla de la prédiction de Mélanie : Paris sera brûlé. L’un des assistants donna aussitôt l’explication naturelle : « Ce sera par les Prussiens. » — Non, non, répliqua Maximin, ce n’est pas par les Prussiens que Paris sera brûlé, c’est PAR SA CANAILLE.

Le 4 décembre 1868, Maximin était reçu à l’Archevêché de Paris, Mgr Darboy, si admirablement domestiqué par l’Empereur, comme on sait, ayant désiré le voir. L’entrevue, racontée par Maximin, fut assez longue. Sa Grandeur qui, sans doute, avait espéré contraindre le berger à lui dévoiler son secret, parla de manière à scandaliser profondément son auditeur qui avait été zouave pontifical, accusant la Sainte Vierge d’exagérer les égards qu’on doit à la Papauté et de n’avoir fait que des prophéties de hasard. — « Moi aussi, je ferais bien des prophéties de cette force-là ! » osa dire cet archevêque. Enfin, s’exaspérant jusqu’au blasphème : — « Après tout, qu’est-ce qu’un discours comme celui de votre prétendue Belle Dame ? Il n’est pas plus français qu’il n’a le sens commun… Il est stupide, son discours ! Et le Secret ne peut être que stupide… Non, je ne puis, moi, archevêque de Paris, autoriser une dévotion pareille ! »

Maximin, humilié pour ce prince de l’Église qui s’oubliait tellement devant lui, voulut que Notre Dame de la Salette eût le dernier mot. — « Monseigneur, répondit-il avec force, il est aussi vrai que la Sainte Vierge m’est apparue à la Salette et qu’elle m’a parlé, qu’il est vrai qu’en 1871, vous serez fusillé par la canaille. » Trois ans plus tard, à la Roquette, on assure que le prélat, prisonnier, répondit à des personnes qui voulaient faire des tentatives pour le sauver : — « C’est inutile, Maximin m’a dit que je serais fusillé. »

Le célèbre avocat de la Salette, Amédée Nicolas, raconte ce fait dont il fut témoin sur la Montagne, en août 1871 : « Un savant professeur de théologie et son ami, curé dans une grande ville, étaient venus à la Salette, avec une douzaine d’objections préparées et étudiées d’avance, pour les proposer à Maximin, lorsqu’il quitterait son échoppe, pour venir, sur la demande des pèlerins (qui le préféraient aux missionnaires), faire le récit du Miracle. Lorsque Maximin eut achevé, le professeur proposa la première objection. Maximin se borna à dire : « Passez à la seconde. » De même pour les seconde, troisième et quatrième. A la cinquième, il répondit en quelques mots. Cette réponse fit aussitôt crouler les cinq objections et cet écroulement entraîna celui des sept autres. Voyant cela, ce professeur et ce curé nous dirent à nous-mêmes, car nous étions à côté d’eux : « Ce jeune homme est toujours dans sa mission ; il est assisté par la Sainte Vierge, aujourd’hui comme aux premiers jours ; c’est évident pour nous. Aucun théologien, fût-il le plus savant du monde, n’aurait pu faire un pareil tour de force. Tout cela est certainement surhumain. Il nous a mieux prouvé le Miracle qu’il n’eût été possible de le faire par les plus fortes démonstrations. »[37]

[37] Défense et explication du Secret de Mélanie. Nîmes, 1881.