La vie de Maximin a été des plus accidentées. Après avoir passé quelques années dans un séminaire, il fut soldat, puis étudiant en médecine. Mais il échoua partout et se vit réduit à servir des ouvriers pour vivre, gagner sa vie.
Se trouvant à Paris dans le plus grand dénûment, il engagea un de ses vêtements au Mont-de-Piété. Un jour, à bout de ressources, et n’ayant plus rien à manger, il entre à Saint-Sulpice et va s’agenouiller devant l’autel de la Sainte Vierge. « J’ai bien faim, dit-il, ma bonne Mère, vous allez donc me laisser mourir de faim ? Et pourtant, tout ce que vous m’avez commandé, je l’ai fait. J’ai fait passer à tout votre peuple les graves et solennels avertissements que vous êtes venue apporter. Encore quelque peu et je vais tomber d’inanition. Si vous ne voulez pas me tirer de la misère où je suis, alors je vais m’adresser à votre époux saint Joseph qui, lui, aura bien pitié de moi ! »
Affaibli par un jeûne prolongé, il ne tarde pas à s’assoupir. Un homme qu’il ne connaissait pas le réveille, l’invite à le suivre chez un restaurateur et lui fait servir un copieux repas. Quand il est rassasié, l’inconnu paye le maître d’hôtel et dit à Maximin d’aller au Mont-de-Piété retirer l’habit qu’il y a engagé. Il ajoute qu’il trouvera dans la poche de cet habit un billet qui le mettra à l’abri de la misère. Aussitôt il disparaît. Maximin n’a jamais su qui était cet homme. Comment cet inconnu savait-il qu’il avait engagé son habit au Mont-de-Piété ? Comment savait-il qu’il y avait dans la poche de cet habit un billet assurant l’avenir de Maximin ? Ce dernier, ne pouvant expliquer naturellement une chose aussi extraordinaire, a toujours cru que cet étranger était saint Joseph.
Docilement, Maximin se rend au Mont-de-Piété et trouve, en effet, dans la poche de son habit, un testament qu’une personne charitable avait fait en sa faveur. Par ce testament on lui offrait de le recevoir dans une famille et on lui laissait quinze mille francs pour subvenir à ses besoins. Comment ce testament se trouvait-il dans la poche de l’habit de Maximin ! Il ne le sut jamais. Mais quelle était la valeur de cet écrit ? Maximin le montra à un notaire qui le trouva en bonne forme et fit les diligences nécessaires. On lui versa donc quinze mille francs avec lesquels il entreprit un commerce de bestiaux où il se ruina[38]. Sa mission exigeait qu’il vécût et mourût dans l’indigence. Combien d’autres histoires du même genre !
[38] Mélanie, Bergère de la Salette, et le cardinal Perraud. Paris, Chamuel, 1898.
J’entends d’ici le chœur immense des voix sacristines : « La sainteté de Mélanie et de Maximin, et leur état de prophètes ! Mais, monsieur, cela renverse toutes nos idées ! On ne nous fera pas croire que tant de bons chrétiens, tant de vénérables pasteurs, depuis tant d’années, n’en aient rien su et qu’une légende contraire ait pu s’établir ! Cette supposition est déraisonnable. » Cela me remet en mémoire la belle réponse du commis-voyageur à qui on parlait du Palais des Papes à Avignon : « Quelle bonne blague ! S’il y avait eu des papes à Avignon, ça se saurait ! » Eh ! sans doute. Ça se sait même un peu, mais c’est une règle sans exception que, pour savoir, il faut s’instruire avec la candeur d’un enfant et l’humble bonne volonté de ces autres pasteurs à qui les anges de Noël promirent autrefois « la paix sur la terre ». « Invenietis infantes, pannis involutos et positos in præsepio. »[39]
[39] Je demande pardon pour la liberté que j’ai l’air de prendre avec le texte de saint Luc, mais il m’est impossible de ne pas me souvenir de Noël, quand je pense aux deux sublimes enfants pauvres sur leur Montagne.
L’ignorance, coupable ou non, du plus grand fait de l’histoire moderne et de sa conséquence immédiate, à savoir l’éminente sainteté des deux Témoins, n’empêchera pas ceux-ci de continuer leur mission du fond de leurs tombes que l’Église, un jour, nommera peut-être miraculeuses. Defuncti adhuc loquuntur. Cette ignorance, monstrueuse dans tous les cas, n’empêchera pas non plus l’espérance de quelques âmes, ni les centaines de millions de bras tordus par le désespoir, à l’heure marquée.
On se rappelle que le Secret de Mélanie a été publié en 1879, avec l’imprimatur de Mgr Zola, évêque de Lecce. Cette formule latine, significative, pour la sainte fille, de tant d’amertumes, de tribulations et de combats, resta dans sa mémoire, étrangement et profondément.
« Puisqu’on ne veut pas du Message, remède à nos maux, la divine Justice vengera l’ingratitude des hommes et donnera l’IMPRIMATUR aux fléaux annoncés par la Reine des Anges !!! » Ainsi s’exprimait la Bergère de la Salette, le 23 mai 1904.