La sanctification du Dimanche, c’est la sanctification du travail, et le travail, non sanctifié de cette manière, est tellement maudit que l’apparente solidité des maisons privées ou des monuments publics, à la construction desquels il fut travaillé le Dimanche, est un problème. Le Secret annonce des maux inouïs, tels qu’aucun prophète n’en annonça jamais d’aussi affreux et d’aussi universels. La terre sera frappée de toutes sortes de plaies. Les montagnes et la nature entière trembleront d’épouvante. Des prodromes, d’ailleurs, se manifestent. Les feuilles publiques, prodromes elles-mêmes de la démence du monde, relatent, chaque jour, sans y rien comprendre, les plus alarmantes catastrophes : tremblements de terre ou volcans détruisant de grandes villes, des pays entiers ; explosions, incendies, accidents innombrables et de toute sorte procurés par la main-forte scientifique ou industrielle, au service de la Désobéissance et de l’Orgueil. Cela pour ne rien dire des homicides continuels et de plus en plus atroces, préludes, sous nos yeux, de massacres sans pardon. Hier, un train de voyageurs sautait dans la Loire… L’heure va sonner où les catastrophes se toucheront, où il n’y aura plus que des catastrophes. A chaque tour de cette roue des supplices dont le mouvement s’accélère, de graves individus recherchent aussitôt les « responsabilités », dans l’espérance, dirait-on, d’augmenter le mal, en réduisant au désespoir quelque mercenaire sans protection.

Ah ! misérables que nous sommes ! Elle est sur chacun de nous, la responsabilité ! Le mot châtiments révolte notre orgueil. Il nous faut des causes naturelles, des explications scientifiques où Dieu n’intervienne pas… Ce travail avait été bien fait, pourtant ! Les matériaux étaient excellents et on avait eu de bons ouvriers. Il n’y avait rien à redire à ces assises de pierre dure, capables de soutenir une montagne, et cette charpente de fer avec ses arbalétriers, ses boulons, ses rivets, que sais-je encore ? étaient au-dessus de tout éloge… Mais voici. Ce travail avait été fait le Dimanche, très-probablement, et les ouvriers — un seul, peut-être — avaient dû mettre le Nom de mon Fils au milieu. Il n’a pas fallu davantage. Telle est l’explication de la Mère de Dieu.

Je me suis réservé le Septième Jour. La profanation du Dimanche renouvelle continuellement le premier péché. C’est l’attentat à la RÉSERVE du Seigneur ! Peine de mort dans les deux cas, et de mort terrible… J’ai parlé plus haut des larmes d’Ève. La Chute n’est pas un fait accompli autrefois et dont nous subissons les conséquences. Nous tombons toujours, et voilà pourquoi Ève pleure. Ses larmes nous accompagnent dans le gouffre.

XXII
Affaire Caterini.

Il n’y a pas moyen de comprendre l’énorme prévarication sacerdotale, et surtout épiscopale, relative au Miracle de la Salette, quand on ignore l’affaire Caterini. Voici donc rapidement cette histoire misérable.

Le Secret de Mélanie commence par ces mots : Mélanie, ce que je vais vous dire maintenant ne sera pas toujours secret : vous pourrez le publier en 1858[53].

[53] 1858 ! L’année de l’Apparition de Lourdes !

En 1858, Mélanie était enfermée au Carmel de Darlington, en Angleterre. Elle demanda à sortir pour remplir sa mission. Quand elle revint, en 1860, la gravité de ce Secret effraya les membres du clergé auxquels elle en parla. Elle se borna pour lors à le donner manuscrit. C’est ainsi que de nombreuses copies s’en répandirent avant 1870.

Plusieurs publications suivirent. Celle qui parut en 1872 fut honorée de la bénédiction de Pie IX. Celle qui parut en 1873 fut approuvée par le cardinal Xyste-Riario Sforza, archevêque de Naples. Celle qui parut en 1879 fut publiée par la Bergère elle-même, avec l’imprimatur de Mgr de Lecce, le Compte Zola, son directeur.

C’est alors que des prêtres français, des religieux et plusieurs évêques, voulant faire condamner par Rome la brochure de Mélanie, Mgr Cortet, évêque de Troyes, se chargea d’attacher le grelot.