[59] Traité de la vraie Dévotion à la Sainte Vierge, 1re partie, chap. I.

Assurément Dieu seul le sait. Cependant nous savons aussi, nous autres, pourquoi et comment cela ne s’est pas fait, pourquoi, le 19 septembre prochain, 62e anniversaire de l’Apparition, il n’y aura pas même un faible commencement d’exécution, une lointaine velléité d’obéissance. Nous ne savons que trop les sordides et basses causes de cette prévarication inouïe. Mais tous ne le savent pas et c’est pour les ignorants que ce livre est surtout écrit. Les autres, les vrais coupables par malice ou par lâcheté, chercheront naturellement à l’étouffer, selon leur méthode, simplement par esprit de suite, sans honte ni peur. Comment faire peur à des hommes consacrés à Dieu qui ont pu voir le châtiment terrible d’un assez grand nombre d’entre eux sans se frapper la poitrine ?… Enfin j’ai voulu rendre témoignage afin de m’endormir en paix, quand mon heure sera venue.

Les menaces de la Salette ont été conditionnelles. Il y a lieu de croire qu’elles ne le sont plus. Les Apôtres de Marie, qui auraient dû être institués avant le Déluge de sang et de feu, le seront après, voilà tout.

XXIV
Objections, calomnies, l’assomptioniste Drochon.

Ma tâche n’est-elle pas finie ? Je crois avoir dit tout ce qu’il fallait et je ne pourrais plus maintenant que me répéter. On m’a présenté une liste des objections contre le Secret qui ne cessent d’avoir cours à la Salette. Je les connais trop et je les ai réfutées implicitement ou explicitement dans les pages qui précèdent. On sait, d’ailleurs, que les objections présentées par la haine, l’orgueil ou l’intérêt, sont invincibles. Elles renaissent à mesure qu’on les égorge. Cependant le trait distinctif de celles-ci est une faiblesse extrême, une faiblesse enfantine, telle qu’on a honte de les entendre.

Exemple : « Si le Pape voulait la publication du Secret, il l’aurait faite lui-même. » Cette objection, dans la bouche de prêtres qui passent pour instruits, étonne et afflige. On sent qu’il serait bien inutile de leur dire que le Pape a pu et a dû vouloir respecter la mission, évidente pour lui, de Mélanie et qu’il a donné des preuves de ce respect. Cette idée n’entrerait pas dans de tels cerveaux. Comment espérer aussi de faire comprendre à ces esclaves de la lettre, à ces ilotes du vocable, que le Pape étant infaillible, son SILENCE est une approbation ? Or le secret n’a jamais été condamné. Ajoutons que ce serait peut-être une question de savoir s’il est selon les grandes Règles que le Pape fasse en personne la publication d’un tel document ?

Puis, que répondre à de vieilles calomnies que l’accoutumance a transformées en vérités indiscutables, et dont nul chrétien ne s’avise de rechercher la provenance ? Ici, il n’y a plus seulement la honte de l’esprit, mais l’horreur de l’âme et c’est abominable de penser à des mensonges tant de fois réfutés et si vainement confondus !

Un Père Assomptionniste, nommé Drochon, les a réunis en bouquet dans une Histoire illustrée des Pèlerinages français, formidable in-4o de 1274 pages (qu’il faudrait 2548 hommes pour lire, aurait dit Barbey d’Aurevilly), publié avec l’autorisation et l’admiration du Père Picard, son supérieur général[60]. On sait que les Assomptionnistes ont été les plus constants ennemis de Mélanie et de son Secret, et qu’ils se sont acharnés à cette guerre avec toute la force et l’autorité que leur donnait le succès inouï et lamentable de leurs déprimantes publications[61].

[60] Paris, Plon, 1890.

[61] On sait aussi, depuis plus d’un demi-siècle, que c’est un signe de modestie, chez les catholiques modernes, d’écrire d’une manière épouvantable, et que cela est soigneusement enseigné dans leurs Instituts, à tel point que tout ce qui fut écrit postérieurement aux Oraisons funèbres, ou à la Henriade, est jugé négligeable, détraquant ou libidineux. Le sublime Père Picard m’affirma un jour, à la honte de son ordre, qu’Ernest Hello était un FOU. Son successeur, le Père Bailly, et ses Éliacins de la Croix ou du Pèlerin, ont vraiment abusé de la doctrine.