« On fit ce qu’on put pour le tuer. Les emprisonnements les plus barbares, le couteau, le feu, le poison, la calomnie, le ridicule féroce, la misère noire et le chagrin noir, tout fut employé. On réussit à la fin, lorsque Dieu l’eut assez gardé et lorsqu’il avait déjà soixante ans, c’est-à-dire lorsqu’il avait achevé de porter la pénitence de soixante rois… »[65]

[65] Léon Bloy. Le Fils de Louis XVI. Ce n’est pas ici le lieu de montrer, ne fût-ce qu’en raccourci, l’histoire effrayante et fantasmatique de Louis XVII. Lire Le Dernier Roi légitime de France, par Henri Provins, et l’inestimable ouvrage plus récent d’Otto Friedrichs : Correspondance intime et inédite de Louis XVII.

La disgrâce de ce « Roi fantôme » fut si parfaite que les mots « ignominie » ou « opprobre » ne suffisent plus. On lui refusa ce qui ne se refuse pas aux pires scélérats, son identité personnelle, — pour mieux dire, une identité quelconque. On voulut absolument qu’il ne fût personne, dans la stricte acception du mot, et que ses enfants ne fussent les enfants de personne. Ainsi s’accomplit, en une manière que Dieu seul pouvait inventer, la séculaire formule capétienne : Le Roi ne meurt pas, puisque la descendance légitime de Louis XVI était condamnée à ne pouvoir ni vivre ni mourir.

Le Dauphin, fils de Louis XVI, — authentiquement Louis XVII — prétendu mort au Temple, en 1795, exhala son âme douloureuse à Delft, en Hollande, le 10 août 1845, un peu plus de treize mois avant l’Apparition de la Salette, « promptitude fort singulière de ce miracle, si peu de temps après que le Candélabre aux Lys d’Or, dont il est parle dans le Pentateuque, avait été renversé.

« Lorsque éclata la nouvelle de l’Apparition, un seul chrétien se demanda-t-il si quelque chose d’infiniment précieux ne venait pas d’être brisé, pour que la Splendeur elle-même, la Gloire impassible et inaccessible parût en deuil ? — Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Quel mot troublant et inconcevable !

« La catastrophe est si énorme que ce qui ne peut absolument pas souffrir souffre néanmoins et pleure. La Béatitude sanglote et supplie. La Toute-Puissance déclare qu’elle n’en peut plus et demande grâce… Que s’est-il donc passé, sinon que Quelqu’un est mort qui ne devait pas mourir ?… »[66]

[66] Le Fils de Louis XVI.

Si encore il était vraiment mort comme tout le monde meurt, mais je le répète, c’était bien pis, le Roi de France ne devant pas mourir. Et voilà plus de soixante ans que cela continue ! J’ai là, devant moi, le portrait d’un pauvre petit enfant de 4 ou 5 ans, qu’où nomme le Prince Henri-Charles-Louis de Bourbon, Dauphin de France. Il paraît que c’est lui qui continuera la série des Rois fantômes…

Plusieurs lettres de Mélanie, dont quelques-unes à la Princesse Amélie de Bourbon, prouvent que la prophétesse n’avait aucun doute sur la Survivance représentée par le prétendu Naundorff et ses enfants. En 1881, elle nomme l’héritier direct « Roi légitime, Roi Fleur de Lys » et recommande l’espérance. On sait d’autre part que, bien des années auparavant, Maximin avait fait le voyage de Frohsdorf et qu’une entrevue avec le Comte de Chambord avait eu pour effet la renonciation effective de celui-ci au trône de France. Tout porte à croire, en effet, que Maximin aurait dit à ce prétendant ce que Martin de Gallardon, en 1816, avait dit à l’infâme Louis XVIII : « Vous êtes un usurpateur. » Le Comte de Chambord, au contraire de son fratricide grand-oncle, n’osa pas succéder aux deux Caïns de la Restauration, mais, tout de même, il garda les 300 millions du patrimoine royal, et les héritiers volés, depuis trois générations, continuèrent d’être pauvres et couverts de la plus abondante ignominie, comme l’avaient été leur père et surtout leur grand-père, le Dauphin du Temple.

Analogie ou affinité, correspondance ou relation mystérieuse entre le Miracle de la Salette et le Miracle de la destinée du Fils de Louis XVI. Un roi pauvre, un roi mourant de faim et de misère ; le fils couvert d’ordures et obstinément renié de soixante rois, vient offrir à la France de la sauver, et on l’assassine, après l’avoir longtemps flagellé. Nolumus hunc regnare super nos.