[67] Mélanie est morte le 14 décembre de la même année. Cette lettre précieuse peut donc être considérée comme une sorte de testament. Il va de soi que le style de la Bergère a été scrupuleusement respecté.

A Monsieur l’abbé H. Rigaux,
Curé d’Argœuves
par Dreuil-les-Amiens (Somme)

Mon très-Révérend et très-cher Père,

Que Jésus soit aimé de tous les cœurs !

Je vous vous promis, cela plaisant à Dieu, de mettre par écrit mon voyage à Rome, ce qui l’a précédé, le Congrès tenu au nom du Saint-Père par son Éminence le Cardinal Ferrieri, Préfet de la Congrégation des Évêques et Réguliers, ce qui s’y est dit, mon audience privée auprès du Saint-Père et ce que nous avions dit, mon entrée chez les Salésianes (Visitandines), puis ma sortie et ce qui a suivi.

Jusqu’à présent, je n’ai pas pu écrire cela, par cause de maladie. Que le bon Dieu soit béni de tout !

I

En l’an de grâce 1878 et, je crois, en octobre, un matin après la Sainte Messe, le Révérend Père Fusco me dit avoir lu dans un journal l’intention de Mgr Fava, évêque de Grenoble, de venir à Rome pour faire approuver sa règle pour les Pères et pour les Sœurs de la Montagne de la Salette.

A cette nouvelle je dis : — Pour avoir ma conscience nette, je vais me hâter d’écrire la Règle de la Très-Sainte Mère de Dieu et l’envoyer au Saint-Père. — Je la porterai moi-même à Rome, dit le Père Pusco. — Et tout se fit comme nous avions dit.

Un mois environ s’était écoulé, quand un dimanche, mon saint Évêque, Mgr Pétagna, me fit savoir qu’il désirait me parler. Je me rendis à l’Évêché. En montant les escaliers, je rencontrais des bons vieux chanoines qui versaient des larmes et disaient : — Il aurait mieux fait de rester dans son diocèse et ne pas venir tuer notre Évêque. Si ce n’était sa soutane je l’aurais pris pour un gendarme hautain, impérieux. — D’autres chanoines me dirent : — Par charité, faites finir les cruelles instances de l’Évêque de Grenoble auprès de Mgr Pétagna déjà assez malade. — Je demandai la raison des ordres que l’évêque de Grenoble donnait à mon saint Évêque. On me dit : — L’Évêque de Grenoble, avec un air de puissante autorité, ordonne à notre saint Évêque de vous obliger, de vous contraindre d’aller dans son diocèse, etc., etc. — J’entre, et, pour la première fois, je voyais Mgr Fava.