Je vois revenir Monseigneur. A son allure, je vois qu’il n’est pas satisfait. Il dit quelques paroles à voix basse ; puis il vint à moi ; puis il me fit retirer à part, et me demanda ce que j’allais dire au Pape.
— Je n’en sais rien, Monseigneur, car cela dépendra de ce que le Saint-Père me dira ou me demandera.
— Mais vous devez bien savoir un peu ce que le Pape vous dira ?
— Non, Monseigneur. Je n’ai pas encore pensé de penser à ce que me dira le Saint-Père.
— Ah ! vous n’êtes donc pas instruite : vous ne savez donc pas que le Pape est une personne comme une autre : et l’on doit penser, préparer ce que l’on a à lui dire.
— Ne sachant pas sur quel sujet, ni sur quoi le Saint-Père daignera me parler, je ne puis penser ; je m’abandonne, tout à la sainte volonté du bon Dieu.
— Eh ! bien, écoutez-moi bien. J’ai ici quelques billets de cent francs pour VOS MENUS PLAISIRS. Si le Pape voulait vous faire faire quelque chose ; à tout vous répondrez au Pape : que vous ferez comme voudra l’Évêque de Grenoble et tout de la manière que voudra l’Évêque de Grenoble. Et si le Pape vous disait d’aller à tel endroit et faire telle chose ; vous lui direz : « Je veux aller là où l’Évêque de Grenoble me dira d’aller ; je veux dépendre en tout de l’Évêque de Grenoble, qui est mon Véritable supérieur. » Et ces billets de banque sont pour VOS MENUS PLAISIRS.
Je répondis :
— Monseigneur, je ne dirai au Très-Saint-Père que ce que ma conscience me dictera au moment même que j’aurai l’insigne faveur de lui parler. Vos raisonnements sont bons, Monseigneur, mais ils ne sont pas les miens.
Et l’Évêque de Grenoble qui m’offrait (mais il tenait toujours les billets de banque sur l’ourlet, sur le bord de son portefeuille), se mit à les renfermer soigneusement. Et nous nous séparâmes. Et il n’envoya plus à l’hôtel prendre de nos nouvelles.