[79] Le premier sentiment de Maximin, qui n’avait jamais eu d’apparition et crut que Mélanie avait peur, fut différent. « Va, dit-il, prends ton bâton » et brandissant le sien avec menace : « si elle nous touche, je lui en jetterai un bon coup ». — Déjà la lumière s’était ouverte : Mélanie reconnu aussitôt la Sainte Vierge et fut saisie de crainte, presque d’effroi de voir pleurer la Sainte Vierge, qu’elle n’avait jamais vue que dans la béatitude.

Je regardais bien fortement cette lumière qui était immobile, et comme si elle se fût ouverte, j’aperçus une autre lumière bien plus brillante et qui était en mouvement, et dans cette lumière une Très-Belle Dame assise sur notre « Paradis », ayant la tête dans ses mains. Cette Belle Dame s’est levée, elle a croisé médiocrement ses bras en nous regardant et nous a dit : « Avancez, mes enfants, n’ayez pas peur ; je suis ici pour vous annoncer une grande nouvelle. » Ces douces et suaves paroles me firent voler jusqu’à elle, et mon cœur aurait voulu se coller à elle pour toujours. Arrivée bien près de la Belle Dame, devant elle à sa droite, elle commence le discours, et des larmes commencent aussi à couler de ses beaux yeux :

Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller la main de mon Fils. Elle est si lourde et si pesante que je ne puis plus la retenir.

Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans cesse. Et pour vous autres, vous n’en faites pas cas. Vous aurez beau prier, beau faire, jamais vous ne pourrez récompenser la peine que j’ai prise pour vous autres.

Je vous ai donné six jours pour travailler, je me suis réservé le septième, et on ne veut pas me l’accorder[80]. C’est ce qui appesantit tant le bras de mon Fils.

[80] La Sainte Vierge parle ici au nom de Dieu, et le Christ vivant qu’elle portait sur son cœur prononça les paroles en même temps.

Ceux qui conduisent les charrettes ne savent pas parler sans y mettre le Nom de mon Fils au milieu. Ce sont les deux choses qui appesantissent tant le bras de mon Fils[81].

[81] Sans l’observation du Dimanche, il ne peut y avoir de vie religieuse. Voilà quinze siècles que Tertullien répétait ces paroles aux fidèles de son temps : « Sans le Dimanche il ne peut y avoir de chrétiens. Non est christianus sine dominica. » Aussi, au milieu des questions adressées par les persécuteurs aux martyrs, on distinguait surtout celle-ci : « Observez-vous le dimanche ? » et, sur leur réponse affirmative, c’était assez, on reconnaissait là le christianisme pour ainsi dire tout entier. Mais la Sainte Vierge reproche à son peuple un second crime plus énorme encore que la violation du Dimanche, c’est le Blasphème. Lorsque toute bouche, non seulement ne prie plus, mais blasphème ; lorsqu’un peuple entier, comme en France, n’oublie pas seulement d’honorer Dieu, mais l’insulte et le nie, quels châtiments ne mérite-t-il pas ? « Ce sont les deux choses qui appesantissent tant le bras de mon Fils. »

Si la récolte se gâte, ce n’est qu’à cause de vous autres.

Je vous l’ai fait voir l’année passée par les pommes de terre ; vous n’en avez pas fait cas ; c’est au contraire quand vous en trouviez de gâtées, vous juriez et vous mettiez le nom de mon Fils. Elles vont continuer à se gâter ; et à la Noël, il n’y en aura plus.