— Mon enfant, n’êtes-vous pas ennuyée de répéter si souvent les mêmes choses ?
— Non, Monsieur.
— Cela doit pourtant vous ennuyer, surtout quand on vous fait des questions embarrassantes ?
— Monsieur, on m’a jamais fait des questions embarrassantes… »
Silence et stupéfaction ! Tout l’auditoire se regarde, et chacun est très-embarrassé de s’être ainsi évertué en vain.
L’abbé Dupanloup, qui devint évêque d’Orléans, avouait avoir été battu par ces deux enfants. « Il faut remarquer, écrivait-il le 11 juin 1848, que jamais accusés n’ont été, en justice, poursuivis de questions sur un crime comme ces deux pauvres petits paysans le sont depuis deux ans sur la vision qu’ils racontent. A des difficultés souvent préparées d’avance, quelquefois longuement et insidieusement méditées, ils ont toujours opposé des réponses promptes, brèves, claires, précises, péremptoires. On sent qu’ils seraient radicalement incapables de tant de présence d’esprit, si tout cela n’était la vérité. On les a vu conduire, comme on conduirait des malfaiteurs, sur le lieu même, ou de leur révélation ou de leur imposture ; ni les personnages les plus graves et les plus distingués ne les déconcertent, ni les menaces et les injures ne les effraient, ni les caresses et la douceur ne les font fléchir, ni les plus longs interrogatoires ne les fatiguent, ni la fréquente répétition de toutes ces épreuves ne les trouve en contradiction, soit chacun avec lui-même, soit l’un avec l’autre. »
Cette assistance surnaturelle a duré toute leur vie.
Un savant professeur de théologie et son ami, curé dans une grande ville, étaient venus à la Salette, avec une douzaine d’objections préparées et étudiées d’avance, pour les proposer à Maximin, lorsqu’il quitterait son échoppe, pour venir, sur la demande des pèlerins (qui le préféraient aux Missionnaires), faire le récit du miracle. Lorsque Maximin eut achevé son exposition, le professeur proposa la première objection. Maximin se borna à dire : « Passez à la seconde » ; les mêmes choses se passèrent à la 2e, à la 3e, à la 4e et la 5e objection ; Maximin répondit alors en quelques mots ; il fit crouler les cinq objections, et cet écroulement entraîna celui des sept autres. En voyant cela, ce professeur et ce curé nous dirent à nous-même, car nous étions à côté d’eux : « Ce jeune homme est toujours dans sa mission ; il est assisté par la Sainte Vierge aujourd’hui comme aux premiers jours ; c’est évident pour nous. Aucun théologien, fût-il le plus savant du monde, n’aurait pu faire un pareil tour de force. Tout cela est certainement surhumain. Il nous a mieux prouvé le miracle qu’on n’aurait pu le faire par les plus fortes démonstrations. » (Amédée Nicolas).
Tous ces signes divins ne sont pour ainsi dire rien auprès des merveilles de grâces opérées dans les âmes. Convertir les pécheurs, les ramener à Jésus, tel est le but de l’apparition de la Salette et tel fut l’effet partout où elle fut comprise. N’était-il pas miraculeux de voir se convertir, au récit de ces enfants, des foules qui les accueillaient d’abord avec la dernière prévention et très-souvent avec mépris ? Dès la première année, le canton de Corps fut entièrement renouvelé. Non seulement on n’y entendait plus blasphémer, non seulement on n’y voyait personne travailler le dimanche, mais tous fréquentaient les églises et, dès 1847, presque tous faisaient leurs Pâques. Ainsi à Corps, sur une population de 1,800 habitants, il n’y eut pas trente personnes qui négligèrent cet important devoir.
Mais pourquoi nous étendre sur ces signes divins, lorsque chacun peut alléguer une autorité supérieure : celle de la Sainte Église. Si la Salette n’est pas un article de foi, c’est un article de bonne foi ; si ce n’est pas un dogme, c’est une grâce dont on n’a pas assez profité.