« Faites-vous bien votre prière, mes enfants ? »

Nous répondîmes tous les deux :

— Oh ! non, Madame, pas beaucoup.

« Ah ! mes enfants, il faut bien la faire, soir et matin. Quand vous ne pourrez pas mieux faire, dites un Pater et un Ave Maria ; et quand vous aurez le temps et que vous pourrez mieux faire, vous en direz davantage.

« Il ne va que quelques femmes un peu âgées à la Messe ; les autres travaillent tout l’été le Dimanche ; et l’hiver, quand ils ne savent que faire, ils ne vont à la Messe que pour se moquer de la religion. Le Carême, ils vont à la boucherie comme des chiens[84].

[84] La Vierge très-pure se sert d’une expression énergique, pour faire entendre que, dans un seul exemple d’intempérance, elle veut flétrir les plaies hideuses du sensualisme. Ne pouvant découvrir ces plaies sous les yeux des enfants, elle nous les signale suffisamment, puisque non seulement dans le langage de la Sainte Écriture, mais dans toutes les langues, le mot « chiens » désigne les pécheurs qui ne cachent pas la honte de leurs vices.

« N’avez-vous pas vu du blé gâté, mes enfants ? »

Tous les deux nous avons répondu : — Oh ! non, Madame.

La Sainte Vierge s’adressant à Maximin : « Mais toi, mon enfant, tu dois bien en avoir vu une fois vers le Coin[85], avec ton père. L’homme de la pièce dit à ton père : Venez voir comme mon blé se gâte. Vous y allâtes. Ton père prit deux ou trois épis dans sa main, il les frotta, et ils tombèrent en poussière. Puis, en vous en retournant, quand vous n’étiez plus qu’à une demi-heure de Corps, ton père te donna un morceau de pain en te disant : Tiens, mon enfant, mange cette année, car je ne sais pas qui mangera l’année prochaine, si le blé se gâte comme cela. »

[85] Le Coin est le nom d’une terre située à quelque distance de Corps.