Dès le commencement tout est promis à la Femme et c’est par la Femme que tout doit être accompli. Entre elle et le Saint-Esprit il y a une telle affinité qu’on peut humainement les confondre et qu’il est difficile de ne pas imaginer, avec certains Mystiques, le Troisième Règne, c’est-à-dire le triomphe du Paraclet, procuré par Celle dont il est dit qu’elle « rira au Dernier Jour ».

Il est dangereux et à peine licite à des chrétiens de s’arrêter à une telle pensée qui appartient au domaine que Dieu s’est réservé et dont il ne confie la clef à personne. Cependant, lorsqu’on est à genoux et tout en larmes, lorsqu’on est pantelant de désir et que le cœur brûlant ne sait plus où aller, comment ne pas voir ou ne pas entendre l’Immaculée qui pleure là-bas, sur cette montagne du Dauphiné, et qui parle à son peuple comme le Père céleste seul pourrait parler ? Comment ne pas sentir, en un tel moment, l’énormité du Mystère et la présomption sublime de quelque péripétie surnaturelle au delà de l’entendement humain, où la Femme par excellence, le Vase insigne, se manifesterait enfin dans une gloire inimaginable, pour tout accomplir ?

VI

Jeanne d’Arc est la préfiguration très sensible de cette victorieuse des hommes et des démons, et il n’y en a pas d’aussi précise dans aucune histoire. Ses contemporains le devinèrent confusément. Bien souvent il lui fallut toute sa candeur de bergère du Paradis et toute la force de son invincible foi pour résister à l’enthousiasme inouï des simples âmes qui voyaient en elle une émanation de la Divinité.

Pleine de l’Esprit-Saint, comme sa vie et surtout sa mort l’ont démontré, absolument seule au milieu des foules, elle était apparentée au Feu, symbole visible et redoutable de l’Amour, en la même sorte que, plus tard, Napoléon fut affilié au Tonnerre, et c’est une fête pour la pensée d’oublier, un instant, les siècles intermédiaires, en rapprochant l’une de l’autre ces deux destinées incomparables : Jeanne créant le royaume très particulier de Jésus-Christ, et Napoléon dilatant prodigieusement ce royaume pour y instaurer l’image grandiose du futur Empire de l’Esprit-Saint !

Mais qui peut avoir une telle vision ? L’Histoire ainsi regardée ressemble à un gouffre, immense comme tous les espaces, où des tourbillons de ténèbres alternent continuellement avec les tourbillons de la Lumière pour l’éblouissement du spectateur épouvanté.

Quelque impavide qu’on puisse être, on envie, en de tels moments, la simplicité des tout petits à qui Jésus déclare que ces choses, si profondément cachées aux sages et aux prudents, seront révélées un jour par son Père qui est dans les cieux.

26 juillet 1914.

Méditation préliminaire.

5 novembre. — Après trois mois, Je peux enfin reprendre ce livre brutalement interrompu par la guerre allemande, guerre injuste et cruelle, s’il en fut jamais, guerre de races, comme au quinzième siècle, mais avec une exorbitance apocalyptique.