Il n'est pas nécessaire d'avoir fait de puissants travaux d'exégèse pour savoir qu'en effet Jésus-Christ fut le vrai Pauvre, — désigné comme tel à chaque page de l'Ancien ou du Nouveau Testament, — l'unique parmi les plus pauvres, insondablement au-dessous des Jobs les plus vermineux, le diamant solitaire et l'escarboucle d'Orient de la pauvreté magnifique, et qu'il fut enfin la Pauvreté même annoncée par des Voyants inflexibles que le peuple avait lapidés.
Il eut pour compagnes les « trois pauvretés », a dit une sainte. Il fut pauvre de biens, pauvre d'amis, pauvre de Lui-même. Cela dans les profondeurs de la profondeur, entre les parois visqueuses du puits de l'Abîme.
Puisqu'il était Dieu et qu'il n'avait accepté de venir que pour prouver qu'il était Dieu en se manifestant vraiment pauvre, il le fut dans l'irradiation et la plénitude infinies de ses Attributs divins.
Il n'y eut donc pas d'autre Victime que le Pauvre et les excès absolument incompréhensibles de cette Passion toujours actuelle, flagrante à perpétuité, dont l'athéisme lui-même ne peut assoupir l'effroi, sont inexplicables aux gens qui ne savent pas ce que c'est que la Pauvreté, « l'élection dans la fournaise de la pauvreté », selon le mot d'Isaïe qui montra les choses futures et qui fut scié entre deux poteaux.
XII
Les Juifs ont l'honneur indélébile d'avoir traduit, à l'usage de l'humanité, la haine du Pauvre, en un style de tourments dont l'éloquence a supplanté toutes les épouvantes connues.
Ils surent tellement l'énormité de leur besogne qu'ils inventèrent le Couronnement d'épines, pour qu'il fût irréfragable désormais qu'ils avaient eu le pouvoir de conditionner, au moins, un vrai Roi de l'abjection et de la douleur.
Cérémonie sans exemple jusqu'alors, dont les savants du vieux Temple ne devaient pas ignorer le sens profond. Les Épines sont l'ingrédient essentiel de la malédiction suprême, depuis le Désastre initial, et « la moisson des épines à la place de la moisson du froment » est un lieu commun des plus hébraïques.
Ils se rappelaient sans doute le cri du Lamentateur : « Humiliez-vous et asseyez-vous par terre, déplorable troupeau du Seigneur, car la couronne de votre gloire est tombée de votre tête » ;[10] et peut-être aussi les pétales de sang vivant qui sortaient du front du Christ les faisaient-ils penser avec rage au Coronemus ROSIS du cantique blasphématoire de la Sagesse.[11]
[10] Jérém., chap. 13, v. 18.