C'était le BOIS du Salut du monde, l'« Espérance unique » du genre humain que les Juifs les forçaient impitoyablement à porter.

Ils ne disaient jamais non, bien qu'ils fussent exterminés de fatigues, enveloppés dans un perpétuel brouillard de misères, et si, parfois, ils se ruaient contre les perfides, c'était, comme je l'ai dit, parce que ceux-ci refusaient de mettre fin aux Langueurs du Christ ; — sentiment d'une tendresse ineffable que personne jamais ne comprendra plus!

XXVI

Il est vrai que les Circoncis eux-mêmes sont condamnés à porter la Croix depuis dix-neuf siècles, mais d'une toute autre manière.

J'ai dit plus haut que les Juifs du Moyen Age, traqués à la fois par toutes les meutes de l'indignation ou de la générosité chrétiennes, avaient encore la ressource de leur opposer, en écumant, le Signe terrifique déterré dans les ossements du premier Caïn, en vertu duquel nul ne pouvait les exterminer par le glaive de la Colère ou le glaive de la Douceur, sans être puni sept fois, c'est-à-dire sans s'exposer aux représailles infinies du Septénaire omnipotent que les chrétiens nomment le Saint-Esprit.

Or, le signe dont fut marqué le Patriarche des tueurs et que Moïse n'a pas eu la permission de révéler pouvait être fort bien le Signe même de la Croix, si on tient pour règle certaine l'inspiration perpétuellement réitérative des Textes sacrés.

Cette histoire merveilleuse de Caïn où les moralisants excogitateurs d'exégèse n'ont absolument rien vu, sinon qu'il est mal d'égorger son frère, donne, en quelques versets d'une concision effrayante, l'itinéraire complet de la Volonté divine explicitement déclarée dans les soixante-douze livres surnaturels dont l'ensemble constitue la Révélation.

Il n'existe pas dans l'Écriture un raccourci plus prodigieux. C'est au point que les noms d'Abel et de Caïn, affrontés ensemble, forment une espèce de monogramme symbolique du Rédempteur :

Agnus Bajulans Ego Lignum,

Crucis Amanter Infamiam Nobilitavi.