La vieille bonne l’ayant introduit, nous nous mîmes à causer, pendant qu’il trempait un morceau de pain dans le vin offert par Augustine. « Mademoiselle, vous me voyez dîner », me dit-il. Je n’avais jamais été en contact immédiat avec le Pauvre, je le dis à ma honte, et l’idée qu’on pouvait ne pas avoir de quoi dîner m’était étrangère. Je pris place dans un fauteuil près de lui, et c’est alors que commença cette conversation inoubliable qui était presque un monologue, où cet homme, extraordinairement naïf, livra les secrets de sa vie à une pauvre fille qui ne savait que l’écouter mais dont le cœur bondit vers lui d’un élan irrésistible, quoique fort timide dans son expression.
Avant de nous quitter, j’osai lui faire cette remarque : « Comment cela se fait-il, Monsieur, que vous, un homme supérieur, vous soyez catholique ? » « C’est peut-être à cause de cela que je le suis ! » me répondit-il. Je me tus, me rendant compte de mon ignorance.
Il me baisa la main, et nous nous séparâmes.
Le lendemain, je reçus la première lettre de Léon Bloy.
Jeanne Léon Bloy.
Paris, Fête de Saint-Michel Archange, 1921.
LETTRES A SA FIANCÉE
29 août 1889.
Mademoiselle,
Je me sens aujourd’hui invinciblement poussé à vous écrire, je vous prie de n’en être pas révoltée.