Ma bien-aimée Jeanne, mon unique amour,
Je ne puis répondre à ta chère et admirable lettre que très peu de lignes et je t’écris avec des doigts glacés.
Il faut, dans un instant, que je sorte pour courir après l’argent, sans trop savoir où j’irai ni ce que je ferai. Ma tête se perd, je souffre trop. Il est temps que cela finisse, car l’épreuve est presque au dessus de mes forces.
Si tu savais ce que j’ai enduré depuis dimanche par ce froid et cette misère, ton cher cœur se briserait de pitié.
J’ai revu Camille à qui ta lettre a fait du bien. Il est bien malade encore, mais il m’a fait une meilleure impression.
L’ami d’enfance sur lequel j’avais compté a dévoré, en compagnie d’une ignoble femme, les deux cents francs qui m’étaient destinés et qu’il m’avait promis au nom de Dieu. N’est-ce pas admirable ?
Viens demain, jeudi. Je t’attendrai à partir de midi. Nous passerons ensemble quelques heures et tu iras dîner chez toi, car je ne pourrais pas te nourrir, ma pauvre amie. Cependant ne t’engage pas pour le soir. J’aurai peut-être de l’argent.
Je veux croire que la délivrance est proche car il me semble que je n’ai jamais été aussi malheureux. Je t’adore.
Ton Léon bien triste.