J’ai attendu à ce soir pour t’envoyer cette lettre que je vais tout simplement porter chez toi afin que tu l’aies plus tôt. Je voulais pouvoir ajouter quelques mots rassurants.

En ce moment, je ne suis plus aussi triste. La matinée a été fort cruelle. J’ai fait dans la neige de longues courses inutiles, n’ayant trouvé personne, et je suis rentré chez moi vers midi pour manger un morceau de pain. Je me suis alors décidé à courir chez le pauvre comte[2] qui m’a donné un peu de monnaie et qui m’a dit beaucoup de bien de toi. Si tu veux, il t’attendra vendredi soir. N’oublie pas d’apporter un peu de musique. Tu te fais aimer partout, ma chérie.

[2] Le comte Roselly de Lorgues, postulateur de la cause de Christophe Colomb.

Pauvre cher vieillard, il a pitié de moi et quoiqu’il soit très gêné, il se dépouille quelquefois pour me secourir. Jeanne, mon amour, il faut que cela finisse. Une pareille existence est plus amère que la mort.

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Je ne peux rien changer à ce que je t’écrivais ce matin. Viens demain le plus tôt possible. Si j’ai de l’argent, nous dînerons ensemble, sinon tu t’en iras à 6 heures.

Je te serre dans mes bras, mon cher amour.

Léon.

Samedi matin, 8 mars 90.

Ma bien-aimée, mon cher amour,