LE TRAVAIL DANS UN CLAIM D'ELDORADO.—DESSIN DE J. LAVÉE, PHOTOGRAPHIE DE LA ROCHE, À SEATTLE.
M. Ogilvie, qui est une autorité dans la matière, dit plus loin: «Un claim de l'Eldorado fut piqueté par un jeune homme, qui le vendit quelques jours plus tard pour 85 dollars; l'acheteur n'y mit jamais la pioche et le vendit à son tour au commencement d'avril 1897 pour une somme de 31 000 dollars en monnaie légale du Canada, ce qui en poudre d'or à 17 dollars l'once est équivalent à 35 000 dollars au moins. Un autre exemple: un Canadien français étant pris de liqueur vendit son claim sur Eldorado pour 500 dollars. Une fois dégrisé, il en eut du regret. Des personnes qu'il savait devoir s'y connaître l'informèrent que tout contrat fait en état d'ivresse était illégal: il menaça alors de commencer un procès pour annuler la vente. Il n'y a pas de doute que tous les participants ne fussent plus ou moins ivres au moment où le contrat fut conclu, et plutôt que de risquer un procès, l'acheteur du claim lui offrit environ un dixième du claim original, pourvu qu'il se désistât de tout droit et titre, réel ou imaginaire, qu'il pouvait avoir. Il accepta cette proposition vers le milieu de mars dernier, et, en avril, il vendit sa part dans cette petite portion de claim pour 15 000 dollars.
«Dans une visite que je fis à Eldorado vers la fin de juin, j'estimai la production de 24 claims sur ce Creek et je trouvai qu'elle s'élevait à 826 000 dollars à raison de 17 dollars l'once, ce résultat provenant d'un simple grattage de chacun de ces claims. Cependant il y en a quatre ou cinq d'entre eux qui excédèrent 100 000 dollars chacun. Un claim d'Eldorado fut vendu 45 000 dollars, soit 5 000 comptant le 13 avril, 15 000 le 15 mai (si le paiement n'était pas effectué à cette date le claim et l'argent restaient au vendeur) et la balance de 25 000 le 1er juillet, à défaut de quoi l'acheteur perdait tout. Je pensai tout d'abord que la transaction était extrêmement hasardeuse, et je m'imaginai que probablement il allait perdre une bonne somme dans l'affaire. Lui, cependant, connaissait très bien son terrain, et il me dit, quand les documents nécessaires au transfert furent réunis, qu'il ne s'était jamais senti de sa vie si sûr d'une fortune, quoiqu'il eût miné pendant près de vingt ans.
«Il ne pouvait pas encore laver, car le ruisseau était toujours gelé. Il se mit donc à l'œuvre avec deux rockers et paya ses 15 000 dollars le 11 mai, quatre jours avant leur dû; la balance de 25 000 était complète vers le 20 juin. C'était acquérir en fait le claim pour deux mois de travail.
«Un autre exemple tiré du Bonanza Creek: le 16 avril dernier, Georges Carmack vendit pour son associé Tagish Charley une moitié d'un claim pour 5 000 dollars, dont 500 dollars au comptant, balance au 1er juillet. À défaut l'acheteur perdait le claim et son argent.
«Le 1er juillet, comme je passais devant la cabane de Carmack, j'entrai pour le voir et trouvai l'individu payant les 4 500 dollars du solde.
«Après la conclusion de l'affaire, je demandai à l'acquéreur comment la chose avait tourné. «Oh, dit-il, passablement bien.» Je le priai de me dire le résultat de son opération: «Certes, répondit-il, j'ai fouillé 24 pieds de long, 14 de large, et ai lavé 8 000 dollars.
«Je lui dis: «Eh bien, je connais la superficie de votre claim. En supposant qu'il soit également riche partout, nous allons voir combien vous allez en retirer.» Je calculai de tête et lui dis: «2 400 000 dollars.» Il s'écria: «Que vais-je faire de tout cet argent?—Oh! ne vous tracassez pas, répliquai-je, vous n'aurez pas tant de tourment que cela, il est difficile que votre claim atteigne cette richesse. Admettant qu'il produise un quart de cela, vous aurez encore 600 000 dollars. Admettant de nouveau que ce n'est qu'une bande étroite qu'il vous est arrivé de toucher, à ce taux-là vous auriez encore 83 000 dollars, ce qui est bien assez pour votre bonheur.» Bonanza Creek a à peu près 30 kilomètres de long. Comme un claim a 500 pieds mesurés en ligne droite dans la direction générale de la rivière, on compte donc sur ce creek plus de 200 claims; sur ce nombre, environ 100 sont bons, les uns riches et quelques-uns très riches. Les 100 autres sont probablement bons également, mais il n'y a pas eu assez de prospects pour en garantir le rapport définitif.
«Plus de 70 claims ont été jalonnés sur Eldorado Creek. De ce nombre plus de 40 sont reconnus riches. Je ne suis pas ambitieux d'argent, mais je voudrais choisir 30 claims sur Eldorado Creek, allouer à leurs possesseurs 1 000 000 de dollars chacun et garder le reste pour moi-même. J'aurais certainement encore assez pour mener jusqu'à la fin de mes jours une existence agréable et pour laisser aux miens ce qu'on appelle une honnête aisance.