UN CLAIM D'ELDORADO—DESSIN DE TAYLOR, D'APRÈS LE CROQUIS DE L'AUTEUR.
«Les claims de côtes ont été jalonnés sur ces creeks, et quand je partis, le 12 juillet, quelques-uns donnaient de fort beaux prospects: des pans livrant de 6 à 8 dollars dans quelques cas.
«Un jour, comme je rendais visite à Clarence Berry, le possesseur des nos 5 et 6 Eldorado, il me dit que ses hommes avaient touché une couche très riche le jour précédent et ajouta: «Vous devriez vous amuser à essayer vous-même un peu de ce gravier.» Je refusai d'abord, puis je me décidai enfin à charger un pan et à le laver, mais pas pour moi-même. Mon désir était seulement de laver un pan riche, pour pouvoir dire que je l'avais fait. Je lui demandai combien il pensait que je ferais au pan: «Oh! à peu près 300 dollars», me répondit-il. Je partis, piochai dans le riche gravier qu'on me montra, mais j'avoue qu'il ne m'aurait pas été possible de dire s'il y avait de l'or, ou non, dans ce que je remuais. Je remplis bien le pan, peut-être un peu plus que les deux pelletées réglementaires, je le pris, le lavai, le séchai et le nettoyai.
«Au taux de 17 dollars l'once, je trouvai 595 dollars dans ce pan, soit le salaire de 6 mois et plus d'un bon commis! Cela me prit 20 minutes. Autant que je sache, ce pan est le plus riche qui ait été lavé dans le pays.
«Hunker est le creek qui, à ce que l'on croit, rivalisera de richesse avec ceux de Bonanza et Eldorado; il est à une vingtaine de kilomètres de Dawson et coule parallèlement à Bonanza: comme ce dernier, il se jette dans le Klondyke; la vallée de Hunker a environ 27 kilomètres; ce n'est qu'à partir du premier de ses affluents, le Last Chance, qu'on trouve de l'or.
«Cette découverte fut faite quelques mois après celle du Bonanza. Il était alors trop tard pour le travailler avec succès; aussi rien de positif n'en peut être dit, sinon que les prospects sont très satisfaisants. Dernièrement un claim de ce creek fut acheté en partie à terme pour une somme de 23 000 dollars qui fut tirée du claim même; le propriétaire eut même un excédent qui lui permit d'acheter le reste pour 40 000 dollars. Le Gold Bottom Creek, qui joint le Hunker un peu au-dessus de la Découverte, a aussi donné de très bons prospects, mais toute cette région est à peine connue. Cet hiver cependant verra un grand développement de ses ressources; le lit de roche (bed rock) se trouve à environ 6 mètres de profondeur.»
Il y a d'autres creeks dont nous pourrions parler. Mais à quoi bon? Tout ce que nous aurions à dire se résumerait en cette seule constatation: il y a là-bas de l'or, il y a beaucoup d'or. «Mais, comme le dit avec raison M. Auzias-Turenne, dans son livre récent, il serait oiseux d'insister sur l'exagération de la presse de Vancouver, de Seattle, de San Francisco, etc., quant à l'étendue des célèbres gisements aurifères. On était malheureusement d'autant plus porté à croire ces journaux que les vaisseaux du Yukon rapportaient à la même époque de splendides cargaisons de pépites. Le Klondyke a produit 2 500 000 dollars en 1897. C'est 4 millions de dollars qu'il faudrait dire, car une grande partie du revenu des lavages est restée dans le pays sous forme de travaux nécessaires à de plus grandes exploitations. À mon avis, les caisses et les bourses des États-Unis ne recevront pas plus de 6 millions de dollars du Klondyke en 1898. Voici l'explication d'un homme qui est à proprement parler le roi du Klondyke, M. Mac Donald. Cet Écossais catholique qui franchit le Chilkoot en 1895 et, faute d'un dollar, priait un des pères jésuites de lui faire crédit d'une messe en 1896, possède aujourd'hui des intérêts dans plus de soixante des meilleurs claims du pays. Selon ses propres paroles, «le Klondyke produira, d'avril à septembre 1898, cent millions de francs. Si ce n'était l'intérêt de 10 pour cent du gouvernement, ce chiffre-là serait dépassé; mais cette taxe aura pour résultat fatal une diminution considérable des fouilles aurifères en 1899».
COMMENT ON ARRIVE À DAWSON EN HIVER.—DESSIN DE GOTORBE, PHOTOGRAPHIE DE LA ROCHE, À SEATTLE.