LAVAGE DE L'OR AU PAN.—DESSIN DE GOTORBE, PHOTOGRAPHIE DE LA ROCHE, À SEATTLE.
UN CAMP DE PROSPECTEURS. DESSIN DE GOTORBE, PHOTOGRAPHIE DE M. GOLDSCHMIDT.
Nous nous mîmes donc à l'œuvre, et le lendemain quatre pans donnèrent ensemble un dollar et demi, soit 38 sous le pan. Si l'on considère que 10 sous au pan est un résultat excellent, on peut penser que nos essais furent trouvés très encourageants; les jours suivants, nous fîmes au pan 50 sous et même davantage: le bed rock n'était même pas atteint, et les prospects étaient exécutés sur le bord de la roche. On creusa alors à 3 ou 4 mètres, et les fouilles furent continuées sur différents points du terrain; malheureusement l'eau de surface était si abondante, grâce à l'action du soleil dégelant l'humus, qu'il devint très difficile et même dangereux de travailler. En effet, la partie du terrain où la découverte avait été faite était ombragée par de grands arbres qui, arrêtant les rayons du soleil, laissaient la terre sèche, tandis qu'ailleurs, un incendie de forêt ayant détruit tout ombrage, le dégel était complet. Il fallut donc étayer les parois de la fosse avec des sapins coupés en longueur, mais cela même n'empêcha pas l'un de nous d'être presque enseveli par un éboulement de gravier. C'est à grand'peine qu'il fut retiré du trou avec une épaule contusionnée. À une profondeur de 5 mètres environ, malgré les étais formés de tronçons d'arbres de 0m,10 à 0m,12 de diamètre et renforcés d'une palissade de rondins courant tout le long des parois du puits, il fallut renoncer à ces fouilles par trop périlleuses. Nous avions cependant de bons prospects, et ils nous donnaient un vif espoir de succès, mais la partie dut être remise à plus tard. Nous décidâmes de la reprendre méthodiquement à l'hiver.
Satisfaits de ce commencement, nous mesurâmes et piquetâmes les claims suivant le nombre des assistants, et, aussitôt cette opération achevée, nous reprîmes le chemin de Dawson, afin de faire enregistrer notre déclaration de propriété.
En route, un de nos ânes, qui portait un sac vide destiné à être rempli de morilles, ne voulut pas se laisser appréhender au moment convenable. Il prit un temps de galop à travers le bois; pourchassé longuement, il finit par disparaître.
On ne s'en inquiéta pas autrement, supposant qu'il était retourné au camp, mais 3 ou 4 jours plus tard, il fut retrouvé presque mort de faim; dans sa course au milieu des arbres, sa corde s'était déroulée et entortillée autour d'un tronc. Le pauvre animal attendait soit la délivrance, soit la mort.
Notre voyage de retour à Dawson se fit sans incident. Aux Fourches, nous nous arrêtâmes à l'hôtel hospitalier de Mme White, de New-York. Et le soir même, par une forte averse, nous rentrions à Dawson, d'où nous étions partis deux semaines auparavant.