«La tâche est énorme, avec cette immense surface de pays et les difficultés de locomotion et de transport. Il se passera un temps considérable et des efforts répétés seront nécessaires avant que cette région soit complètement développée. Mais de grandes découvertes de terrains aurifères comme celles qui ont été récemment faites donnent à croire que l'ère de développement futur sera extraordinairement profitable.»
Le Dr Nordenskiold, professeur de minéralogie à l'Université d'Upsal, envoyé dans le Yukon par le gouvernement suédois, dit que la contrée est très riche et sera très productive pour longtemps. Il prétend qu'on trouvera les immenses dépôts de quartz qui ont donné naissance aux graviers aurifères du Klondyke. L'or déjà trouvé provient d'anciens lits de rivières très différentes des rivières actuelles.
Le quartz sera de qualité inférieure et se trouvera près des creeks du Klondyke. L'or n'a pas été porté par les glaciers à une grande distance. Le terrain du district de la rivière Stewart contient beaucoup d'ardoises, par conséquent on y éprouvera quelques déceptions quant à l'or. En somme, le rapport du Dr Nordenskiold est très favorable.
Après l'or, les fourrures sont le principal élément de richesse de la région.
UNE INSTALLATION DE MINEURS. DESSIN DE MIGNON, PHOTOGRAPHIE DE M. GOLDSCHMIDT.
Le plus grand des animaux du pays est l'élan d'Amérique; c'est un animal de la taille d'un fort cheval et pesant jusqu'à 800 kilos; sa chair est excellente et sa fourrure, d'un gris clair, très chaude et très épaisse. Il va en troupes et voyage de préférence le long de la crête des montagnes; le matin, on peut surprendre aisément ses traces dans la neige fraîche et attendre patiemment son retour, qui s'effectue toujours par le chemin même qu'il a pris pour aller pâturer. De plus, il n'a pas conscience du danger, et le plus souvent il ne s'enfuit pas; il est donc facile d'en détruire toute une bande à la fois. Les Indiens, qui vivent de chasse et de pêche, en massacrent parfois des troupeaux considérables en les cernant: les pauvres animaux, saisis de terreur, se serrent les uns contre les autres, sans chercher à se sauver, et sont tous égorgés sur place, souvent sans nécessité.
Le caribou est un cerf de grande taille, qui fournit aussi une fourrure estimée; ses mœurs sont sensiblement les mêmes que celles de l'élan; il a du reste, comme ce dernier, reculé à de grandes distances dans l'intérieur, où cependant il se rencontre en troupeaux de centaines de têtes.
L'ours, le loup et le lynx sont aussi pourchassés avec ardeur, en hiver, car leurs peaux sont très recherchées; celle du lynx est la plus chaude et la plus légère de toutes pour la confection de robes ou de couvertures servant de lit aux explorateurs.
Il y a plusieurs espèces d'ours: d'abord le grizzly, d'une force et d'une taille prodigieuses; c'est le plus grand des ours; puis le silver tip (tache d'argent), ainsi nommé parce qu'il a le haut du poitrail blanc, le reste de la robe étant gris, est beaucoup plus petit. Il est très féroce. Les coureurs des bois prétendent que ces deux variétés ne dorment pas dans leurs gîtes en hiver, comme le font les autres, mais voyagent continuellement et sont redoutables à rencontrer; on les évite donc autant que possible. Les autres variétés, brun, noir, cannelle, sont presque inoffensifs; ils se nourrissent en été, soit des baies, si abondantes sur les versants élevés, soit de saumons pêchés dans la rivière. Le lieutenant Schwatka, qui a exploré l'Alaska, il y a quelques années, rapporte qu'en été les ours étaient si nombreux sur certains ruisseaux, attirés là par le saumon, que les prospecteurs avaient dû leur abandonner la place; il dit aussi que les moustiques attaquaient les ours si obstinément qu'on trouvait parfois certains de ces animaux rendus aveugles par suite de piqûres aux yeux.