FORTY MILE CITY.—DESSIN DE TAYLOR. PHOTOGRAPHIE DE LA ROCHE, À SEATTLE.

À 6 kilomètres en aval de Cudahy, le Coal Creek, venant de l'Est, se jette dans le Yukon; on a trouvé sur son parcours de nombreuses veines de charbon, lignite de bonne qualité; quelques morceaux en ont été traités par la fournaise à Dawson et ont donné un assez bon coke. On peut se figurer la valeur de ces dépôts carbonifères si l'on pense que le bois est cher, qu'il se fait de plus en plus rare, que sa consommation par tête d'habitant est considérable, puisque c'est l'unique matière employée pour la construction des maisons et des bateaux, qu'il est indispensable à la mise en œuvre des claims et à leur outillage, et qu'enfin il se vendait l'été dernier, à Dawson, à raison de 20 dollars la corde (environ 4 stères); or, on estime qu'une tonne du charbon découvert sur le Yukon et quelques affluents équivaut à au moins 2 cordes du meilleur bois de la région. Les dernières nouvelles de Dawson annoncent que le bois est en ce moment (novembre) à 40 et 50 dollars la corde prise sur le quai. En dépit de ces hauts prix, plusieurs négociants en bois n'ont pas fait d'argent parce que leurs hommes ont perdu beaucoup de radeaux sur les barres de sable. Presque sur chaque barre, entre Dawson et Fort Selkirk, on voit échoués un ou deux radeaux de troncs d'arbres.

L'Alaska Commercial Company a maintenant une équipe de 12 ou 15 hommes sur Nation Creek, extrayant du charbon pour les steamers de la Compagnie qui naviguent en été sur le Yukon; on comptait empiler de 2 000 à 3 000 tonnes de ce combustible au bord du fleuve pendant l'hiver.

Sur la rivière Forty Mile, à 12 kilomètres de son embouchure, les collines se rapprochent et forment un cagnon ne livrant qu'un passage assez étroit aux eaux tourbillonnant sur les rochers du lit; de fréquents accidents se sont produits à cet endroit. On trouve sur la rivière de riches barres aurifères: l'une d'un kilomètre de long, appelée «la Pâte aigre» (Sour Dough), se trouve juste au sortir du cagnon. Depuis de longues années elle a été la ressource in extremis des mineurs malheureux qui venaient y refaire leurs fortunes entamées. Ils y gagnaient jusqu'à 20 dollars par jour.

Une autre barre aurifère aussi riche, dit-on, et plus considérable, est la barre de Roger, située sur la rive gauche du Yukon, à 90 kilomètres de Dawson et 20 de Forty Mile. Elle est de 3 kilomètres de long et sa largeur est à peu près la même. Elle avance en promontoire au pied d'un groupe de rochers connu sous le nom de «Roc du Vieux», et faisant face à un massif semblable de l'autre côté de la rivière et appelé le «Roc de la Vieille». Une légende indienne nous explique ces deux noms:

Il y avait une fois un puissant tshaumen. C'est le nom du médecin des tribus du Sud; il occupe une position et exerce une influence pareilles à celles des sages ou mages des anciens temps dans l'Orient.

Dans la même localité que ce personnage influent vivait un pauvre homme qui avait le malheur d'avoir une mégère pour femme. Il l'endura très longtemps sans murmures, espérant qu'elle s'adoucirait, mais au contraire le temps ne sembla qu'aggraver le mal. À la fin, étant absolument las de cette torture incessante, il se plaignit au tshaumen, qui le réconforta et le renvoya chez lui en lui promettant que tout irait bientôt pour le mieux. Peu après, il s'en alla à la chasse et resta plusieurs jours absent, dans l'espoir de rapporter du gibier, mais sans succès. Il revint éreinté et affamé au logis, et il y fut reçu par la virago avec une explosion d'injures plus violente que jamais. Cette réception l'exaspéra à ce point que, rassemblant toute sa force et son énergie, le galant mari allongea à son épouse un coup de pied qui l'envoya promener par-dessus la rivière, où elle fut changée en une masse de roc qui a subsisté depuis lors, souvenir éloquent de sa méchanceté et leçon solennelle à toutes les mégères futures. Comment il se fait que l'inoffensif époux fut, lui aussi, métamorphosé en pierre sur l'autre bord du fleuve, on ne nous l'explique pas; peut-être faut-il supposer que le résultat inespéré de son action le pétrifia d'étonnement.

Quoi qu'il en soit de la légende, les deux rocs sont là, et l'on pense qu'autrefois ils étaient reliés par une barrière de pierre que le Yukon a usée et détruite à la longue: la barre a été formée par les eaux tombant en cataracte de cette écluse naturelle.

La rivière de Seventy Mile a aussi des placers et des barres aurifères de valeur et de vaste étendue qui ne demandent qu'à être exploités pour donner un bon rendement. Mais il faut pour cela des pompes et un certain équipement de matériel très coûteux à transporter, tandis que la main-d'œuvre est encore chère. Il est vrai que, chaque année, les prix s'abaissent un peu. Le temps n'est donc pas éloigné où toutes ces richesses seront mises en valeur et ajouteront au stock monétaire, au bien-être universel.