CONVOI DE MINEURS.—PHOTOGRAPHIE DE LA ROCHE, À SEATTLE.

Le Yukon franchit le Cercle Arctique à Fort Yukon, à 550 kilomètres de Dawson, après avoir suivi dans son cours une direction généralement Nord-Ouest; il reçoit en ce point l'apport des eaux de la rivière du Porc-Épic, qui vient du Nord-Est, et puis redescend vers le Sud-Ouest pour se jeter dans la mer de Bering, après un parcours de 2 420 kilomètres depuis Dawson. De son embouchure, où se trouve le poste de Kutlik, on compte 150 kilomètres jusqu'à Saint-Michel. Ce port, situé sur une île, est le lieu de rendez-vous des vapeurs océaniques qui viennent de tous les points de la côte du Pacifique et des vapeurs fluviaux qui naviguent exclusivement dans les eaux du Yukon, de Kutlik à Dawson ou même au White Horse, sur une distance totale de 2 940 kilomètres. À ce dernier point, un transbordement a lieu, à cause des rapides, jusqu'à la tête du cagnon, d'où un autre vapeur navigue jusqu'à Bennett, éloigné de 126 kilomètres, de sorte que la longueur totale des eaux navigables du Yukon s'élève à 3 066 kilomètres.

Il y avait, en juillet, à Saint-Michel, des milliers de personnes cherchant à remonter le Yukon. Les rives du fleuve étaient littéralement bordées de tentes, et, bien que plus de 40 steamers neufs eussent passé la barre, venant des ports du Pacifique, un grand nombre de ces aventuriers ne pouvaient, faute de bateaux, s'embarquer à temps pour atteindre Dawson avant la fermeture de la saison par la glace.

Toutes sortes d'embarcations remontaient le fleuve, remorquées, halées, poussées à la perche, et portant toute espèce de gens et de marchandises. Une barque longue de 30 mètres était chargée de whisky et d'autres boissons. Le nombre des femmes sur cette route égalait presque celui des hommes. De fréquents accidents ont eu lieu sur la côte avant d'arriver à Saint-Michel. Ainsi le Cormorangh perdit un remorqueur à vapeur et deux chalands en acier. Le Portland perdit aussi deux chalands; la flottille des steamers Moran était endommagée, et l'on réparait ses bateaux dans un des ports de la côte. On rapporte également que l'Oil City, le vapeur de la Standard Oil Company, a été mis en pièces.

Les steamers du Yukon sont allongés et étroits; ils ont de 15 à 50 mètres de long, sur 7 à 10 de large; quelques-uns peuvent porter 500 tonnes. Ils sont bâtis sur le modèle des steamers naviguant sur le Mississipi et ont deux étages: l'inférieur contenant la machine, les chaudières, les marchandises et un espace libre pour y entasser le bois coupé le long des rives et chargé au fur et à mesure des besoins; le supérieur, où sont les cabines, les salles à manger, le salon, le fumoir, etc. La guérite du capitaine et du pilote surmonte le tout et est placée tout à fait à l'avant. Généralement ces bateaux portent deux cheminées jumelles et une roue à aubes à l'arrière. Leur vitesse peut atteindre 12 ou 13 nœuds à l'heure dans les eaux sans courant, leur tirant d'eau est de moins d'un mètre.

NAVIRE PRIS DANS LA GLACE À L'EMBOUCHURE DU YUKON. PHOTOGRAPHIE DE LA ROCHE À SEATTLE.

À la date du 17 septembre dernier, il en était arrivé déjà 57 de Saint-Michel à Dawson, ayant remonté le fleuve en 15 à 20 jours. L'un deux, le Yukoner, commandé par le capitaine Irwin, de Victoria, ne mit que huit jours et dix heures, établissant ainsi le record de vitesse. Il espérait faire en moins de temps encore la descente du fleuve, mais diverses causes le firent rester une dizaine de jours en route.

Les prix sont encore très élevés à Dawson, et il est certain que le nombre actuel des habitants de la ville est hors de proportion avec la demande de bras. Voici ce que disait, à ce sujet, au printemps 1898, le juge Mac Guire, qui venait de retourner au Canada:

«Je me hasarderai sans crainte à avancer que des 16 000 habitants de Dawson, sur lesquels 13 000 sont arrivés ce printemps, 3 000 seulement auraient dû venir. De ceux qui sont venus, bien peu se rendent compte des difficultés de la route, et quand ils s'en rendront compte il sera trop tard. Le prochain hiver peut être bien plus rigoureux que le dernier, et il est probable que beaucoup périront sur la glace.»