M. Mac Guire, il convient de l'ajouter, doit être un pessimiste, qui ne voit pas en beau les choses du Klondyke. En effet, il a donné sa démission parce qu'il ne considérait pas son salaire, de 5 000 dollars par an, comme suffisant. Pour justifier sa demande de mise à la retraite, il écrivit ce qui suit: «Le Juge du Territoire du Yukon devrait être mieux rétribué qu'un simple manœuvre; or il n'y a pas de travailleur ordinaire, à Dawson, qui ne gagne plus de 5 000 dollars par an.»

Au sujet de la valeur probable de l'or extrait au Klondyke en 1898, voici encore deux opinions:

Le major Walsh l'estime à 11 000 000 de dollars, et M. Mac Question, à 8 000 000.

Il faut dire que le premier de ces messieurs, ayant été gouverneur du Yukon jusqu'en septembre dernier, est peut-être le mieux à même de formuler un jugement sur la question. D'un autre côté, le chef du bureau d'essais de l'or des États-Unis à Seattle a publié un rapport officiel constatant que son bureau a reçu du Klondyke de l'or pour une valeur de 4 300 000 dollars, et il déclare qu'une lettre du bureau d'essais de San Francisco annonçait une recette de 3 600 000 dollars de la même source, soit ensemble 7 900 000. Si l'on tient compte du fait qu'une fraction du produit aurifère du Klondyke, pour 1898, est restée dans le pays pour des opérations ultérieures ou des achats de claims, qu'une autre fraction a été absorbée par la taxe gouvernementale et qu'enfin une autre fraction encore a été débarquée directement à Victoria et Vancouver, on concluera que ces évaluations sont plutôt au-dessous qu'au-dessus de la réalité.

STEAMERS DU YUKON. DESSIN DE JOUAS, D'APRÈS LE CROQUIS DE L'AUTEUR.

Il est probable que le prix de transport des marchandises par le fleuve subira une modification, si l'on en juge par la concurrence qui se prépare. Les diverses compagnies annoncent, en effet, qu'elles vont augmenter le nombre des vapeurs et développer le service. Il se construit, en ce moment, à San Francisco, un grand steamer dont le capitaine assure qu'il sera de force à remonter les rapides du White Horse. Un autre, l'Aquila, sera transporté par le tramway au-dessus des rapides et naviguera dans les eaux des lacs supérieurs, l'été prochain.

Une centaine de rennes appartenant au gouvernement des États-Unis sont en route, par le Dalton Trail, pour Circle City. On attend avec intérêt le résultat de cette expérience pour juger de leur utilité en Alaska.

On annonce que la «royauté» (royalty) ou taxe de 10 pour 100, prélevée par le gouvernement canadien sur le produit brut des placers du Territoire du Yukon (elle n'existe que là), va être réduite à un taux strictement suffisant pour payer les dépenses dans ce territoire. Cette taxe a été attaquée avec violence par les mineurs, qui prétendaient qu'elle était surtout injuste comme impôt. Eux seuls, disaient-ils, en étaient atteints, alors que les tenanciers et propriétaires de «salons», de tripots, de jeux, d'hôtels, de restaurants, etc., à Dawson, qui font tous des affaires sinon plus lucratives, du moins plus sûres que les mineurs, en étaient exempts. De plus, ajoutaient-ils, beaucoup de claims qui, sans cela, pourraient être exploités avec profit, cessent de l'être à cause de la «royauté», car un bénéfice de 10 pour 100 ne tentera que fort peu de capitalistes, qui se décideraient à travailler s'ils retiraient 20 pour 100. C'est ainsi que plusieurs prospecteurs de claims ont renoncé à les faire opérer cet hiver, espérant que cette taxe inique serait abolie avant longtemps, ou tout au moins grandement réduite. Ils se sont contentés de faire «représenter» leurs claims, c'est-à-dire qu'ils ont payé des individus pour les occuper personnellement pendant trois mois et empêcher ainsi le bail de devenir nul et sans effet.