Le reste du voyage se fit sans incident par Metlakahla, Victoria, Vancouver, Seattle, San Francisco, Chicago, et enfin Ottawa.
Dans cette dernière ville, quand nous arrivâmes, on était en train de banqueter en l'honneur de lord Aberdeen, le gouverneur du Canada, justement sur le point de quitter le pays. Le lendemain, ayant affaire dans les bureaux de l'administration, nous nous enquîmes, auprès d'un planton qui gardait la porte, où nous pouvions voir sir Wilfrid Laurier. Ayant donné l'information nécessaire, il ajouta: «Sir Wilfrid! mais il est naïf comme un bébé, n'y a pas le moindre brin d'orgueil en lui!» Cet éloge rassurant nous encouragea, et nous le trouvâmes bien mérité. Le président du conseil privé se montra fort aimable et empressé; il est Canadien Français et a conquis par ses talents et son énergie la position éminente qu'il occupe, avec l'assentiment de la nation, qui a pour lui les sentiments les plus profonds d'estime et de respect.
VANCOUVER.—DESSIN DE TAYLOR, D'APRÈS LE CROQUIS DE L'AUTEUR.
Cette petite mais vigoureuse nation canadienne française, qui compte maintenant plus d'un million et demi d'âmes, a fourni de nombreux immigrants au Klondyke. Ils sont réputés pour leur force et leur honnêteté, et n'ont pas de rivaux dans le maniement des bateaux ou l'exploitation des forêts; ils font d'excellents mineurs et se sont fait une réputation universelle comme trappeurs, chasseurs et coureurs des bois.
XIX
Conclusion.
Nos lecteurs ont pu voir que le territoire du Yukon est une grande et rude contrée, riche en minéraux et appelée sous ce rapport à un grand avenir.
Ils ont pu conclure aussi de ce que nous avons raconté que ce n'est pas le premier venu qui peut s'y rendre dans l'espoir d'y faire fortune en ramassant les pépites sur les placers.
Il faut, pour y aller: de l'argent, de la santé, de l'énergie, surtout de l'énergie et encore de l'énergie.