On le voit, le Klondyke est encore bien en arrière, mais si l'on tient compte du petit nombre d'années d'exploitation, deux ou trois ans au plus, du mode primitif et absolument insuffisant de l'extraction, si de plus on réfléchit que le terrain des creeks même les plus rapprochés de Dawson, par conséquent les plus faciles à exploiter, n'a pour ainsi dire été qu'effleuré et que, selon les prévisions de gens compétents, on retirera l'an prochain 30 000 000 de dollars, soit 150 000 000 de francs du Klondyke, tandis que la production totale des deux creeks seulement du Bonanza et de l'Eldorado est évaluée de 300 à 400 millions de francs, on concluera que ce territoire a en perspective le plus brillant avenir minier.
Mais encore un coup, pour arracher ses richesses à cette terre marâtre, il faut un assemblage peu commun de qualités physiques et morales avec le concours de ressources financières assez importantes.
Le mineur ou le prospecteur a dans ces régions-là des obstacles presque surhumains à surmonter, des ennemis terribles à vaincre, entre lesquels, pour n'en citer que quelques-uns, il y a le froid intense, la nuit presque continuelle d'un long hiver, les moustiques, l'humidité, la fièvre, le scorbut qui, après une saison ou deux, attaque presque invariablement quiconque a été privé, comme c'est le cas général, de viande et de légumes frais. Et puis, comme on l'a vu plus haut, si quelques-uns ont la chance de découvrir le claim qui «paye», il y en a des centaines et des milliers qui voient leurs cheveux blanchir, leur échine se voûter, leurs illusions s'envoler, sans avoir réussi qu'à vivoter bien chétivement pendant les longues et pénibles années de leurs pérégrinations à la recherche de l'or.
Après tout, n'est-ce pas Dieu qui fait le riche et le pauvre, qui abaisse et qui élève?
FIN
Levallois-Perret.—Imp. Crété de l'Arbre, 55, rue Fromont.