Les boîtes ayant fini leur service sont brûlées, et leurs cendres sont lavées pour leur faire rendre l'or qu'elles contiennent.

C'est donc l'hiver qui est la saison active du travail sur les placers, comportant surtout des claims de rivières et partant impossibles à exploiter en été.

Mais outre ces claims de ruisseaux, du bancs et de ravins qui se trouvent au fond de la vallée et sur ses flancs immédiats, on a découvert vers le mois de mars 1898 une série phénoménale de claims à des hauteurs variant de 100, 200, 300 mètres au-dessus du niveau du ruisseau sur Eldorado et Bonanza Creek. Il paraîtrait qu'elles marquent les bords de l'ancien lit de la rivière; l'eau s'est depuis creusé un lit de plus en plus profond, mais l'or a été déposé sur les bancs comme il l'est aujourd'hui à plusieurs centaines de pieds plus bas. Le premier de ces claims de montagnes fut découvert par Bourke, qui, pauvre manœuvre sans argent et sans autre ressource que ses bras, s'était vu obligé de travailler à gages sur un claim de l'Eldorado.

Au mois de mars donc, il vit scintiller de l'or dans le sillon tracé par les troncs d'arbre qu'il charriait. Il retourna là pour fouiller le terrain, mais ne trouva rien d'abord. Bientôt ensuite, à plus de 20 pieds de profondeur, il trouva une couche de gravier fort riche, qui lui rapporta, dit-on, plus de 25 000 dollars; puis il vendit son claim 50 000 dollars. C'était à French Gulch, en face du nº 17 Eldorado, et à 300 ou 400 pieds au-dessus du creek. Quelques-uns de ces claims se trouvèrent être extrêmement riches, et leurs dimensions furent réduites à 100 pieds de côté, puis on les reporta à 250 pieds. Des investigations ultérieures firent retrouver l'ancien chenal en face du nº 31 de l'Eldorado, sur la rive droite et au-dessus de l'embouchure du creek d'Oro Grande. Ces claims s'étendent tout le long de la vallée d'Eldorado, sur un niveau à peu près uniforme et dans la vallée de Bonanza. Ils commencent vers le nº 60 au-dessous, sur la rive gauche, à environ 150 mètres de haut, dans la direction des Fourches. Les claims, sans motif apparent, passent la rivière et occupent ainsi les deux rives. Au nº 17, l'Adams Creek vient de l'Ouest, et entre l'Adams et l'Eldorado, et longeant le Bonanza, se voient les fameux claims de montagne de Petit Skookum et de Grand Skookum, qui ont livré jusqu'à 100 dollars par heure et par homme.

Une scène de grande activité minière a pour théâtre les rives de ces ruisseaux sur tout leur parcours, qui est de 30 kilomètres pour Bonanza et de 12 pour Eldorado. Le sol est couvert de huttes, de monceaux de gravier, de fossés, de boîtes à laver. Au-dessous de sa surface le terrain est littéralement criblé de trous de puits, de tranchées, de tunnels, de galeries latérales, tandis que sur la première et la seconde rangée des bancs et le long de la roche, des fouilles et des tunnels mettent à découvert de grandes quantités d'or grossier reposant sur le fond pierreux.

La méthode aujourd'hui en usage pour travailler les claims de ruisseau (creek), de ravin (gulch), de bancs (bench) et de collines (hill claims), est de creuser des puits et des galeries, bien que dans certains cas on ait ouvert des tranchées jusqu'au lit de roche (bed rock); des pompes refoulant l'eau d'infiltration et de surface, le gravier aurifère est jeté par pelletées sur des tables d'où on le rejette dans les boîtes à laver. La lenteur du courant est une grande entrave à l'application du minage rapide et facile. Les puits et les tranchées se remplissent bien vite d'eau; le plan incliné en général n'offre pas un degré suffisant pour le lavage en boîtes, et de plus il n'y a pas d'espaces où entasser les énormes amas de gravier, à moins qu'on ne les laisse sur son propre claim ou qu'on ne les emprunte à celui du voisin.

Les puits creusés jusqu'au bed rock, avec leurs galeries latérales, sont opérés pendant les mois d'hiver, alors que le sol est gelé, compact, et qu'il n'y a pas d'eau de surface. Comme le terrain est trop dur pour être attaqué avec succès, même avec la meilleure pique, on le dégèle au moyen de grands feux de bois qu'on allume le soir. En quelques heures, il est devenu assez friable, sur une profondeur de quelques centimètres, pour être creusé sans difficulté le jour suivant, et on procède ainsi à tour de rôle, avec le feu d'abord, puis avec le fer. Il en est de même quand on est arrivé à la couche «payante» (pay streak), qui se trouve de 3 à 7 mètres de profondeur, et dont l'épaisseur varie de quelques centimètres à 1 mètre ou 1m,50.

Pour l'extraire de la base des puits, on ouvre des galeries courant dans toute l'épaisseur de la couche payante, qu'on hisse à la surface au moyen de treuils placés au-dessus de l'ouverture des puits. Elle est mise en tas et laissée là jusqu'au printemps suivant pour être lavée. Ce lavage est effectué au moyen de sluices et de rockers. On ne fait presque pas de puits ni de galeries dans les mois d'été, ou plutôt on n'en fait que si les claims sont secs et élevés, ce qui est rarement le cas. En quelques endroits le gravier est recouvert de détritus et de marne, parfois sur une épaisseur de 20 pieds ou davantage, et forme une masse congelée toute l'année.

Une autre raison pour laquelle il est presque impossible et souvent dangereux de prospecter en été, c'est la présence dans le sol de gaz délétères qui tuent parfois d'imprudents mineurs. L'été dernier, il y a eu, sur les creeks, plusieurs cas d'asphyxie mortelle dus à cette cause.

On estime que la production d'or du Klondyke en 1897 a été de 6 000 000 de dollars, soit 30 000 000 de francs; trois des experts les plus compétents, et que nous avons déjà cités, donnent pour 1898 une évaluation moyenne de 10 000 000 de dollars ou de 50 000 000 de francs, tandis que pour cette même année la production de l'or du monde entier a été de 237 504 800 dollars, soit en francs 1 187 500 000, les trois principaux producteurs étant l'Afrique avec 58 306 000 dollars, soit 291 500 000 francs, les États-Unis avec 57 363 000 dollars, soit 286 800 000 francs, et l'Australie avec 55 684 200 dollars, soit 278 400 000 francs.